Le Canada dévoile sa liste de contre-tarifs, le différend commercial devant l’OMC

Réfrigérateurs, consoles de jeux vidéo, oranges et café : le gouvernement du Canada a publié dimanche une liste de plus de 1200 produits de consommation importés des États-Unis qui seront marqués de tarifs douaniers de 25 % dès mardi. Le différend commercial sera porté devant l’Organisation mondiale du commerce.

Ottawa veut envoyer le message que la guerre commerciale lancée samedi par un décret du président américain, Donald Trump, va faire mal aux producteurs maraîchers de Floride, aux usines d’électroménagers de la Caroline du Sud et aux fabricants de motocyclettes de l’Ohio. Sa réplique aux tarifs américains rendra plus chers de nombreux produits que les Canadiens ont l’habitude d’acheter aux États-Unis, à la hauteur d’environ 30 milliards de dollars par an.

Les nouveaux tarifs s’appliqueront aux commandes passées à partir du 4 février.

Ils toucheront par exemple les produits de beauté et les soins pour la peau, importés à la hauteur de 3,5 milliards de dollars par an. Les électroménagers et autres appareils domestiques Made in America, des chauffe-eau aux aspirateurs en passant par les sécheuses, sont pour leur part adoptés par les consommateurs canadiens à la hauteur de 3 milliards par an.

Il s’agit d’une première de deux séries de contre-tarifs, comme l’a annoncé samedi soir le premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

La seconde, qui s’appliquera sur d’autres marchandises totalisant une valeur de 125 milliards de dollars, suivra dans trois semaines. En guise de comparaison, les États-Unis marqueront d’une surtaxe toutes leurs importations canadiennes, chiffrées à une valeur de 594 milliards de dollars.

Ottawa compte aussi contester la légalité des tarifs que lui impose le gouvernement Trump en vertu de l’ACEUM, le nouvel accord de libre-échange nord-américain, ainsi qu’auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont indiqué des hauts fonctionnaires lors d’une séance d’information technique avec les journalistes, dimanche.

Le président Donald Trump a donné le coup d’envoi à une guerre commerciale avec le Canada samedi. Il a signé un décret visant à imposer dès mardi des tarifs de 25 % sur toutes les importations canadiennes, sauf pour l’énergie, à 10 %. Le document prévient que des tarifs encore plus lourds seraient édictés si le gouvernement canadien osait répliquer.

Tesla épargnée
Les automobilistes qui ont en tête de s’acheter une voiture Tesla ou son camion électrique, le Cybertruck, peuvent se rassurer : Ottawa n’ajoute aucun fardeau pour l’instant à l’importation de véhicules électriques ou à leurs composantes. L’ex-ministre des Finances du Canada, et actuelle candidate à la direction du Parti libéral, Chrystia Freeland, a suggéré d’infliger à cette entreprise des tarifs de 100 % pour influencer Elon Musk, son p.-d.g. milliardaire et proche conseiller de Donald Trump.

Le gouvernement fédéral ne cible pas des marques ou des entreprises en particulier, mais des catégories de produits.

La première vague de contre-tarifs s’appliquera ainsi dès mardi à environ 17 % de toutes les catégories tarifaires utilisées par le ministère des Finances pour classer les biens et services achetés de l’étranger.

Les fonctionnaires affirment que la liste qui a été établie est assez précise pour cibler des produits dont la hausse de prix provoquera un minimum de dommages sur l’économie canadienne.

Ils n’avaient dimanche aucune estimation à partager sur le coût de l’incidence de ces mesures sur l’économie ni de chiffres sur les nouveaux revenus prévus pour les coffres de l’État.

Il sera possible pour des entreprises de demander des exemptions de ces mesures de représailles, par exemple pour des composantes dont elles dépendent et qui ne peuvent être remplacées d’une source hors des États-Unis. Le fédéral promet aussi d’être sensible aux situations exceptionnelles où un nouveau tarif provoquerait des conséquences graves sur l’économie du pays.

Le 51e État, encore

Donald Trump a pris le clavier, dimanche matin, pour faire valoir que « le Canada cesserait d’exister en tant que pays viable » si les États-Unis cessaient de lui acheter ses produits, ce qu’il amalgame à une « subvention ». Le milliardaire républicain a répété une autre fois son invitation au Canada à se joindre aux États-Unis pour former un « 51e État chéri », et ainsi éviter les tarifs douaniers.

Le premier ministre Justin Trudeau a précisé samedi soir qu’il avait tenté de parler au président Trump depuis son intronisation, le 20 janvier dernier, sans succès. Le président américain a déclaré en soirée dimanche qu’il s’entretiendrait avec Justin Trudeau lundi matin.

Il prévoit aussi s’entretenir avec le Mexique.

Le chef conservateur Pierre Poilievre est d’accord avec l’idée de répliquer aux tarifs douaniers avec des contre-tarifs équivalents. Il a qualifié les allusions du président Trump à l’annexion du Canada de « paroles injustifiables ».

« Nous serons forts et unis pour combattre ces tarifs », a promis M. Poilievre, qui prenait la parole dimanche à partir de la Colombie-Britannique.

Il demande un retour rapide au Parlement, présentement prorogé jusqu’au printemps, mais ne s’est pas engagé à approuver le plan du gouvernement Trudeau, faute d’en connaître encore les détails.

Signe que les contre-tarifs font consensus à Ottawa, les chefs du Bloc québécois et du Nouveau Parti démocratique ont tous deux approuvé l’imposition de contre-tarifs en guise de représailles. Les cinq candidats à la course à la direction du Parti libéral du Canada ont publié un communiqué commun pour affirmer leur intention commune de défendre la souveraineté du Canada « contre ces tarifs injustes ». L’un d’entre eux doit remplacer Justin Trudeau le 9 mars prochain.

ledevoir

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