L’île grecque de Santorin et sa voisine Amorgos ont de nouveau été frappées dans la nuit du 10 au 11 février par plusieurs séismes, dont un de magnitude 5,3. Depuis le 26 janvier, les secousses s’enchaînent dans l’archipel des Cyclades, mais l’origine du phénomène est encore incertaine. Point sur la situation.
L’île grecque de Santorin et sa proche voisine Amorgos ont de nouveau été frappées dans la nuit du 10 au 11 février 2025 par plusieurs séismes, dont un de magnitude 5,3, le plus fort enregistré depuis le début de cette activité sismique intense, selon l’Institut géodynamique de l’Observatoire d’Athènes. Le séisme a d’ailleurs été ressenti jusqu’à la capitale, à plus de 200 km de l’épicentre.
À cette magnitude, les secousses sont bien ressenties par les populations, mais ne sont en général pas assez fortes pour causer des dégâts matériels loin de l’épicentre.
Depuis la nuit du 26 janvier, plus de 12.800 séismes ont été enregistrés, tous de magnitudes modérées (entre 3 et 4) à forte (5) dans cette zone au large de Santorin. Une situation « stable depuis 10 jours », selon Frédérique Leclerc, chercheuse à Géoazur et spécialiste de la région des Cyclades : « Les magnitudes des séismes enregistrés ne baissent pas, mais elles n’augmentent pas non plus ».
Une activité sismique inhabituelle
« En général, quand on a une crise sismique d’origine tectonique, il y a un premier séisme, dont la magnitude est la plus forte, et ensuite toutes les répliques sont, en termes de magnitude, moins fortes que le choc principal. La crise actuelle nous montre un schéma différent », expliquait Frédérique Leclerc dans une précédente interview pour Sciences et Avenir.
L’activité sismique au large de Santorin possède pourtant de nombreuses caractéristiques propres à une activité tectonique le long d’une faille normale (c’est-à-dire dans un contexte d’extension de la croûte océanique).
« Après avoir migré vers le Nord-Est en suivant la direction des failles normales, la sismicité semble avoir migré vers le Sud-Ouest, et se localise maintenant autour de l’île d’Anydros », poursuit la chercheuse.
« Ce qui est remarquable ici, c’est la fréquence à laquelle s’enchaînent ces séismes, souligne Florent Brenguier, physicien d’observatoire au laboratoire ISTerre de l’Université Grenoble-Alpes et du CNRS, dans cette vidéo, publiée sur le site d’European Plate Observing System France (Epos-France). Il y en a parfois tous les quarts d’heure ! »
« Un gonflement du volcan, indiquant des transferts de magma en profondeur »
« Depuis le début de la crise, le déplacement des stations GPS a changé, ce qui semble indiquer que cette crise a un lien avec le magmatisme », dévoile Frédérique Leclerc. Dans cette même vidéo, Pierre Briole, chercheur au département géosciences de l’Ecole normale supérieure, revient sur les données géodésiques (GPS) de la station sismologique de Santorin.
Ces dernières révèlent qu’il y a depuis septembre 2024, un déplacement de la station de 3 à 5 cm, ce qui indique « un gonflement du volcan de Santorin, indiquant des transferts de magma en profondeur », explique le chercheur. Hors, « depuis le début de la crise sismique, le déplacement des stations GPS installées sur l’île de Santorin a changé, ce qui semble indiquer que cette crise a un lien avec le magmatisme » rapporte Frédérique Leclerc.
Les trois chercheurs concluent sur la nécessité de déployer d’autres instruments de mesure pour comprendre parfaitement la situation, les données à disposition étant insuffisantes pour décrire plus que des hypothèses.
Mais « dans la communauté des sismologues, plusieurs chercheurs semblent s’accorder sur le fait que cette crise ressemble a un épisode de d’intrusion magmatique dans la croûte, qu’on appelle un dike », conclut Frédérique Leclerc, dans un échange avec Sciences et Avenir. En géologie, un dike est une fissure dans laquelle du magma s’est infiltré, s’est refroidi et a durci pour former une nouvelle roche qui traverse les couches minérales déjà existantes.
L’intrusion d’un dike peut provoquer des séismes de faible magnitude, en exerçant une pression sur les roches environnantes. C’est un phénomène courant que l’on peut par exemple observer aux alentours du Piton de la Fournaise.
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