Allemagne : ce que l’on sait de l’attentat à la voiture-bélier à Munich

Un demandeur d’asile afghan a blessé 30 personnes jeudi dans un attentat à la voiture-bélier visant une manifestation à Munich, en Bavière. Voici ce que l’on sait de cette attaque qui a électrisé un peu plus la campagne électorale en Allemagne pour les législatives du 23 février.

Un demandeur d’asile afghan a été interpellé, jeudi 13 février, à Munich (sud de l’Allemagne), après avoir blessé 30 personnes, dont plusieurs très grièvement, en fonçant en voiture sur une foule de manifestants. Un acte qualifié d’attentat par les autorités, qui a remis en exergue la question de la sécurité et de l’immigration avant les élections législatives du 23 février.

Les faits

Selon la police, vers 10 h 30 heure locales (9 h 30 GMT), le suspect s’est approché par l’arrière, à bord d’une voiture de marque Mini Cooper et de couleur blanche, du cortège d’une manifestation organisée à l’appel du syndicat des services Verdi.

Il a alors doublé un véhicule de police qui fermait la marche et foncé sur l’arrière du cortège, fauchant des dizaines de personnes.

Le conducteur « a percuté les gens et emporté une quinzaine de personnes », témoigne Alexa Graef, une étudiante d’une vingtaine d’années travaillant dans les environs.

La police a stoppé le véhicule en tirant au moins un coup de feu, avant d’interpeller l’individu.

Le dernier bilan des autorités dans la soirée fait état de 30 blessés, parmi lesquels des enfants et plusieurs personnes toujours « entre la vie et la mort », selon le maire de Munich, Dieter Reiter. Huit personnes sont « très grièvement blessées » et « huit autres gravement », a-t-il dit

L’attaque est survenue à quelques heures de l’arrivée de nombreux dirigeants mondiaux, dont le vice-président américain J.D. Vance et le président ukrainien Volodymyr Zelensky, pour la conférence annuelle sur la sécurité qui se tient dans la ville de Bavière.

Il ne semble y avoir aucun lien avec la conférence sur la sécurité organisée à Munich, a déclaré Joachim Herrmann, le ministre bavarois de l’Intérieur.

  • Le suspect

Selon plusieurs médias allemands, il s’agirait de Farhad N., né à Kaboul, en 2001, et arrivé en Allemagne fin 2016. Sa demande d’asile avait été rejetée, mais, en vertu de récentes lois, sa présence dans le pays était « tolérée » car il avait trouvé un emploi, a indiqué le maire de Munich Dieter Reiter.

Le suspect était connu des services de police pour des vols et des incidents liés aux stupéfiants, a indiqué le ministre de l’Intérieur de Bavière.

La chaîne de télévision publique bavaroise BR, indique que l’homme, qui aurait participé à des compétitions de culturisme, a diffusé mercredi sur son compte Instagram une message – entretemps effacé – disant : « Oh Allah, protège nous toujours ».  

La police a parlé d' »indices d’un contexte extrémiste » concernant le jeune Afghan.

Toutefois, le ministre bavarois de l’Intérieur, Joachim Hermann, a affirmé qu’il était encore « trop tôt » pour se livrer à des « spéculations », appelant à attendre les résultats de l’enquête de la police, qui passe au peigne fin le téléphone du suspect et ses messages sur les réseaux sociaux et a perquisitionné son logement.

  • Un contexte politique tendu

Le chancelier Olaf Scholz a promis jeudi d’expulser l’auteur présumé de cet attentat qui électrise la campagne électorale des législatives du 23 février, déjà dominée par les questions d’immigration et de sécurité après plusieurs attaques meurtrières récentes commises par des Afghans.

Parmi celles-ci, une agression au couteau à Aschaffenbourg (sud) fin janvier qui avait fait deux morts dont un garçonnet de deux ans, et une attaque perpétrée par un Afghan qui avait blessé cinq personnes au couteau, dont un policier de 29 ans, décédé des suites de ses blessures, à Mannheim (ouest de l’Allemagne) fin mai 2024.

« Ce criminel ne peut pas compter sur une quelconque clémence. Il doit être puni et doit quitter le pays », a déclaré le chef du gouvernement, devant des journalistes à Fürth (sud), en dénonçant un « attentat terrible ».

La CDU, en tête des sondages, et le parti d’extrême droite AfD, en deuxième position, dénoncent le laxisme, à leur yeux, du gouvernement des sociaux-démocrates et écologistes face à l’insécurité.

L’une des figures de l’AfD, Björn Höcke, a dénoncé sur X la « décomposition de l’État » après l’attentat et appelé à « voter contre les partis du cartel », comme il nomme les formations établies de l’actuel gouvernement de centre-gauche du chancelier Olaf Scholz ou de l’opposition conservatrice et libérale.

L’extrême droite pourrait plus que doubler son score de 2021, à plus de 20 %, selon les derniers sondages.

L’Allemagne va « tout faire » pour reprendre les expulsions de délinquants afghans vers l’Afghanistan, malgré la situation « très difficile » dans ce pays, a déclaré de son côté la ministre de l’Intérieur Nancy Faeser.

« Ceux qui viennent dans notre pays et commettent des crimes doivent être sévèrement punis et ensuite expulsés même dans des pays difficiles », a déclaré la ministre sur les lieux de l’attaque. Plusieurs Afghans ont été récemment impliqués dans des actes de violence qui ont choqué l’Allemagne.

« Nous devons continuer ce que nous avons commencé, à savoir, aussi, les expulsions vers l’Afghanistan », a-t-elle dit lors d’un point presse sur les lieux du drame.

Reuters

You may like