Volodymyr Zelensky a appelé, samedi, l’UE à se renforcer pour éviter un accord forgé par les Américains « dans le dos » de Kiev et de l’Europe. Une réunion sur l’Ukraine doit par ailleurs avoir lieu à Paris, a annoncé la Pologne. L’Élysée n’a de son côté pas confirmé la tenue d’une rencontre, évoquant des « discussions en cours ».
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, prononce un discours lors de la 61e Conférence de Munich sur la sécurité (MSC) à Munich, dans le sud de l’Allemagne, le 15 février 2025.
Un appel à l’unité européenne pour contrer la menace russe. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a mis, samedi 15 février, sous pression ses alliés européens, les exhortant à se renforcer pour éviter un accord forgé par les Américains « dans le dos » de l’Ukraine et de l’Europe.
« Je crois vraiment que le moment est venu de créer les forces armées de l’Europe », a exhorté le dirigeant dans un discours à la Conférence de Munich sur la sécurité, devant un parterre de responsables politiques internationaux. « Le temps où l’Amérique soutenait l’Europe simplement parce qu’elle l’avait toujours fait est révolu », a-t-il prévenu.
Sans concertation avec les Européens, qui soutiennent Kiev depuis trois ans aux côtés des États-Unis, le président américain, Donald Trump, a eu un premier entretien cette semaine avec son homologue russe, Vladimir Poutine. Et s’il en a informé Volodymyr Zelensky, il n’a pas cherché à s’entendre au préalable avec lui sur une stratégie de négociation.
Près de trois ans après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, plusieurs centaines de manifestants se sont rassemblés à proximité de l’hôtel où se tient la conférence, faisant part de leur craintes devant un face-à-face Trump-Poutine.
Les États-Unis « se présentent comme un bastion de la démocratie, et ils ont beaucoup aidé l’Ukraine, mais ces derniers temps je ne sais même plus quoi penser », a confié parmi eux Natalia Galouchka, une Ukrainienne de 40 ans.
Ces initiatives américaines inquiètent les partenaires de Washington. Dans ce contexte, le président français, Emmanuel Macron, a convié des dirigeants européens à une réunion lundi à Paris, a annoncé Varsovie, qui sera représenté.
L’Élysée n’a pas confirmé la tenue d’une rencontre, évoquant des « discussions en cours ».
Le chef de l’Otan, Mark Rutte, a également confirmé sa présence à une réunion à Paris. Les Européens doivent montrer leur « utilité » s’ils veulent peser a-t-il fait valoir.
« Je vous exhorte à agir »
Les dirigeants de l’Union européenne (UE) sont convaincus que la sécurité du continent se joue dans de futurs pourparlers sur l’Ukraine que l’administration américaine veut accélérer, mais ils peinent à imposer leur voix.
Lors de leur conversation, le locataire de la Maison Blanche « n’a pas mentionné une seule fois que l’Amérique a besoin de l’Europe à la table des négociations », a mis en garde Volodymyr Zelensky. « Trump n’aime pas les amis faibles, il respecte la force », a-t-il souligné.
L’envoyé spécial américain Keith Kellogg, que Volodymyr Zelensky a invité à visiter la ligne de front, a laissé entendre que les Européens ne seraient pas directement impliqués dans les négociations, mais qu’ils auraient leur « mot à dire ».
Face au risque d’être marginalisés, « je vous exhorte à agir, pour votre propre bien », a lancé le président ukrainien.
Le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a réagi sur X en estimant que « l’Europe a besoin de toute urgence de son propre plan d’action concernant l’Ukraine et notre sécurité, sinon d’autres acteurs mondiaux décideront de notre avenir ».
Pour Volodymyr Zelensky, il ne faut « pas de décisions sur l’Ukraine sans l’Ukraine, pas de décisions sur l’Europe sans l’Europe », car « si nous sommes exclus des négociations concernant notre propre avenir, alors nous perdons tous ».
« Ce n’est pas suffisant »
Selon Volodymyr Zelensky, Vladimir « Poutine ne peut pas offrir de réelle garanties de sécurité, pas seulement parce que c’est un menteur, mais parce que le pouvoir russe dans son état actuel a besoin de la guerre pour se maintenir ».
Son avertissement vaut aussi pour Donald Trump : Vladimir Poutine « essaiera de faire en sorte que le président américain se tienne sur la Place Rouge le 9 mai (jour des célébrations en Russie de la victoire sur l’Allemagne nazie, NDLR) non pas comme un leader respecté, mais comme un gadget dans sa propre performance ».
Il n’a cependant révélé aucun détail de sa première rencontre, vendredi, à Munich avec le vice-président américain J.D. Vance.
« Ce n’est pas une perte de temps » mais « ce n’est pas suffisant », et « nous devons parler davantage », a juste dit le président ukrainien, qui réclame à Washington « un plan » concerté avec les Européens avant toute discussion avec la Russie.
Il a par ailleurs révélé avoir refusé de signer un accord avec les États-Unis portant sur des minerais ukrainiens, estimant qu’il ne « protégeait pas » à ce stade son pays et devait comporter « des garanties de sécurité » pour l’Ukraine.
Les Américains cherchent à boucler un tel un accord qui permettrait de « rembourser » l’aide fournie à Kiev.
Enfin le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, et son homologue américain, Marco Rubio, ont eu un entretien téléphonique et ont convenu de « coopérer » pour le règlement du conflit en Ukraine, dans la foulée de l’appel entre Donald Trump et Vladimir Poutine, a indiqué samedi la Russie.
L’armée russe a revendiqué le même jour la prise d’une nouvelle petite localité dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, où ses troupes progressent face aux forces de Kiev moins nombreuses et moins équipées.
AFP