Seize ressortissants afghans, soupçonnés d’appartenir à un réseau de trafiquants, ont été arrêtés en Belgique, en Italie et au Royaume-Uni. Ils proposaient des passages dans la Manche contre de grosses sommes d’argent, en communiquant avec les candidats à l’exil sur TikTok notamment.
Seize personnes ont été arrêtées en Belgique, au Royaume-Uni et en Italie, dans le cadre d’une opération de police internationale coordonnée par un juge belge, ciblant un réseau afghan de passeurs de migrants. Ce réseau est soupçonné d’avoir extorqué de grosses sommes d’argent à des exilés pour les amener en Angleterre depuis le Moyen-Orient, via la Turquie, la route des Balkans puis les côtes françaises ou belges, a annoncé jeudi 13 janvier le parquet d’Anvers.
Les suspects, présentés comme membres d' »une organisation criminelle afghane », proposaient de franchir la Manche dans des voitures, des camions mais aussi par la voie maritime dans de petits bateaux, communiquant avec leurs victimes via TikTok notamment, explique le parquet.
Huit d’entre eux ont été interpellés en Belgique, principalement en Flandre (nord), six au Royaume-Uni et les deux autres en Italie, lors de perquisitions menées simultanément mercredi dans le cadre d’une enquête ouverte en octobre 2023 à Anvers.
Six people wanted in Belgium over their suspected involvement in a major people smuggling ring following a joint investigation by the NCA and Belgian police have been arrested in the UK.
FULL STORY ➡️ https://t.co/IZc6NSb3CT pic.twitter.com/PwZ5iLrSBM
— National Crime Agency (NCA) (@NCA_UK) February 13, 2025
Au Royaume-Uni, les arrestations ont eu lieu à Leicester et Birmingham, dans le centre de l’Angleterre, ainsi que dans l’Essex (sud-est du pays), a précisé l’agence britannique de lutte contre la criminalité (NCA) dans un communiqué.
Comme pour ceux arrêtés en Italie, ces suspects étaient visés par un mandat d’arrêt émis par les autorités belges. Trois d’entre eux ont comparu mercredi devant le tribunal de Westminster, à Londres, où une procédure d’extradition a débuté. Trois autres devaient comparaître jeudi devant cette même juridiction.
Pratiques « inhumaines »
Le parquet d’Anvers a dénoncé les pratiques « inhumaines » reprochées aux suspects, motivées par des raisons « purement financières », et faisant courir des risques insensés aux exilés « souvent dans des situations vulnérables ou désespérées ».
« La menace posée par la criminalité organisée liée à l’immigration est chronique, et nous avons 70 enquêtes actuellement en cours sur les gangs impliqués », a souligné de son côté le directeur adjoint de la NCA Craig Turner.
En décembre 2024, la NCA avait arrêté trois Afghans au Royaume-Uni pour des infractions similaires, dans le cadre d’une enquête distincte. Ces trois hommes sont également réclamés par la justice belge.
« Les mesures que nous avons prises montrent que notre travail visant à perturber et à démanteler les gangs à l’origine de cette criminalité ne s’arrêtera pas, et nous travaillerons avec nos partenaires internationaux pour contribuer à traduire les auteurs présumés devant les tribunaux », a également déclaré Craig Turner.
Depuis quelques mois, le Royaume-Uni multiplie les mesures de sanction à l’encontre des passeurs.
À son arrivée au pouvoir en juillet 2024, le Premier ministre britannique Keir Starmer avait promis de renforcer la lutte contre les réseaux de passeurs, qu’il entend traiter « comme des terroristes ».
En janvier, le ministre des Affaires étrangères David Lammy a annoncé un plan pour s’attaquer financièrement aux réseaux de trafiquants : il prévoit, comme pour les sanctions internationales, de geler les avoirs des passeurs et des fabricants de « small boats » qui collaboreraient avec les trafiquants.
« Cela contribuera à prévenir, combattre, dissuader et perturber l’immigration irrégulière et le trafic de migrants vers le Royaume-Uni », avait déclaré le ministre.
Ce nouveau dispositif, qui doit entrer en vigueur dans le courant de l’année, permettra « de cibler les individus et entités qui organisent ces dangereuses traversées » de la Manche, et qui « réalisent d’importants profits en exploitant des personnes vulnérables », avait insisté le Foreign Office.
Près de 37 000 arrivées
Malgré toutes ces mesures, les traversées de la Manche, à bord d’embarcations précaires et non adaptées à la navigation, ne faiblissent pas. Au contraire. En 2024, 36 816 personnes ont débarqué sur les rives britanniques depuis les côtes françaises.
C’est 25 % de plus qu’en 2023. Ce chiffre est toutefois en deçà du record atteint en 2022, avec 45 774 arrivées.
Et selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Premar), 6 310 personnes ont par ailleurs été secourues en mer en 2024 côté français.
Les décès survenus sur cette route migratoire n’ont par ailleurs jamais été si nombreux. Au moins 76 personnes sont mortes noyées ou étouffées l’an dernier, faisant de 2024 l’année la plus meurtrière dans la Manche.
infomigrants