Peuples autochtones : Comment améliorer leur accès aux financements internationaux pour le développement durable et la lutte contre la malnutrition ?

À Rome en Italie, en marge du Forum annuel du Fonds international de développement agricole (FIDA), s’est tenu un événement parallèle : le Forum des peuples autochtones. Ces deux rencontres s’inscrivent dans une vision commune : celle du rôle crucial des peuples autochtones dans la lutte contre la malnutrition et la préservation de la biodiversité. Le FIDA, qui soutient le développement agricole dans les régions les plus vulnérables, est convaincu que les savoirs ancestraux et les pratiques traditionnelles des peuples autochtones constituent une réponse essentielle face aux défis mondiaux, notamment ceux liés à l’agriculture durable et à la sécurité alimentaire.

Cependant, ces connaissances et pratiques sont aujourd’hui menacées, en grande partie à cause de l’accès limité à des financements adaptés.

Les peuples autochtones estiment que seulement 1 % de la finance climatique leur est directement destiné. Ce faible pourcentage soulève un problème majeur : « souvent, les structures multilatérales et bilatérales manquent de flexibilité pour permettre un accès direct aux organisations des peuples autochtones », explique Ilaria Firmian, analyste senior au FIDA. Ces institutions préfèrent souvent accorder des fonds aux grandes ONG internationales, en raison, entre autres, du manque de confiance envers les organisations autochtones.

Ce constat est également partagé par Albert Barume, rapporteur spécial des Nations Unies sur les peuples autochtones, qui dénonce une mentalité persistante.

« Il existe un préjugé selon lequel les organisations autochtones ne sont pas capables de gérer des financements ou de tenir des comptabilités adéquates. Ces perceptions préjudiciables, souvent enracinées dans notre subconscient, contribuent à la discrimination et à l’exclusion de certaines populations dans les processus de financement », analyse-t-il. Pour lui, la solution réside dans un accès direct aux financements. « Si les procédures ne sont pas simplifiées, je ne crois pas que ces mécanismes de financement puissent être réellement efficaces et justes pour les peuples autochtones », souligne-t-il.

Malheureusement, cette question reste largement sous-exploitée.

Selon Barume, « on reste dans un paradigme où l’accès aux financements dépend de la capacité à remplir des formulaires complexes, à tenir une comptabilité précise, et à respecter des normes administratives. Cela exclut une grande partie des communautés qui ne disposent pas des ressources ou des compétences nécessaires pour remplir ces conditions. »

L’Ipaf : une initiative pour soutenir les projets des peuples autochtones

Face à ce constat, le FIDA a mis en place, il y a quelques années, un mécanisme spécialement dédié à la lutte contre ces obstacles : l’Ipaf, ou mécanisme d’assistance pour les peuples autochtones. Ce programme vise à soutenir des projets portés directement par les communautés autochtones, en leur attribuant des petits dons pour financer des initiatives locales. Ilaria Firmian explique que le mécanisme a été conçu pour répondre aux besoins des communautés qui ne peuvent pas toujours remplir les exigences administratives des structures de financement traditionnelles.

« Nous recevons un nombre impressionnant de demandes pour ce programme, et il répond à un réel besoin. »

Cependant, malgré son succès, l’Ipaf fait face à une contrainte majeure : le manque de financements. « Ce mécanisme fonctionne bien, mais nous avons récemment reçu environ 650 propositions pour la dernière session, et nous n’avons pu en financer que 53 », regrette Ilaria Firmian. Cela met en évidence la pression croissante sur ce type de financement, qui est loin de suffire pour répondre à la demande.

L’un des projets financés par l’Ipaf se situe en Éthiopie, où il soutient la préservation de l’Ensete, une plante essentielle à la sécurité alimentaire locale.

L’Ensete, un type de banane dont les racines sont consommées, est menacée par l’agriculture industrielle et les changements climatiques. Ce projet, porté par des communautés locales, illustre l’importance de soutenir les projets menés par les peuples autochtones pour préserver des ressources naturelles vitales et assurer leur développement économique durable.

En conclusion, pour répondre aux besoins urgents des peuples autochtones et de leurs communautés, il est impératif d’améliorer leur accès aux financements internationaux, en particulier pour les projets liés à la lutte contre la malnutrition, à la conservation de l’environnement et à l’adaptation au changement climatique. Les mécanismes tels que l’Ipaf constituent un modèle à suivre, mais de plus grands efforts sont nécessaires pour garantir que les populations autochtones aient réellement accès aux ressources financières dont elles ont besoin.

VivAfrik

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