L’Afrique a plus que quintuplé sa production aquacole entre 2000 et 2022 : un potentiel à exploiter pour répondre à la demande future de poissons

La production aquacole en Afrique a connu une expansion spectaculaire au cours des deux dernières décennies, enregistrant une augmentation de 5,6 fois entre 2000 et 2022. Cette croissance soutenue est due à la forte demande en produits aquatiques, alimentée par une urbanisation rapide, une croissance démographique importante et un changement des habitudes alimentaires des consommateurs.

Ce dynamisme fait de l’aquaculture un secteur clé pour assurer la sécurité alimentaire du continent et soutenir la croissance économique à long terme.

Une croissance fulgurante de la production aquacole en Afrique

Selon un rapport publié le 3 février 2025 par le Panel Malabo Montpellier, un groupe d’experts internationaux spécialisés en agriculture, la production aquacole africaine a atteint 2,51 millions de tonnes en 2022, contre 0,45 million de tonnes en 2000. Ce développement représente le rythme de croissance le plus rapide de la production aquacole à l’échelle mondiale.

La production a été particulièrement concentrée en Égypte, qui représente 62 % de la production totale de l’Afrique, suivie par le Nigéria avec seulement 10 %.

Ce développement rapide est le résultat de la demande croissante pour les produits halieutiques, notamment le poisson, dont la consommation moyenne par habitant est passée de 7,6 kg/an en 2000 à 9,4 kg/an en 2021. Les produits alimentaires d’origine aquatique représentent désormais près de 20 % des protéines animales disponibles sur le continent.

Un secteur stratégique pour l’économie africaine

L’aquaculture a également créé un nombre croissant d’emplois en Afrique, avec environ 650 000 personnes employées dans ce secteur en 2022, contre seulement 240 000 en 2000. En parallèle, les exportations africaines de poissons et produits aquacoles ont augmenté de manière significative, atteignant 8,5 milliards de dollars en 2022, contre seulement 2,7 milliards de dollars en 2000.

L’aquaculture devient donc un moteur de développement économique, notamment dans les zones rurales où elle offre des opportunités pour des millions de personnes.

La demande en produits aquatiques : un déficit croissant à combler

Malgré la forte croissance de la production aquacole, l’Afrique fait face à un déficit croissant en produits aquatiques. D’ici à 2030, le continent pourrait manquer de 11 millions de tonnes de poissons et de produits halieutiques pour répondre à la demande. Pour pallier cette insuffisance, il est crucial d’adopter des politiques de développement de l’aquaculture et d’investir massivement dans ce secteur.

Ces efforts permettront d’atteindre l’objectif d’une augmentation de 74 % de la production de produits halieutiques d’ici à 2050, nécessaire pour maintenir les niveaux actuels de consommation de poissons par habitant.

Des solutions pour développer l’aquaculture en Afrique

Pour faire face à cette demande croissante, le Panel Malabo Montpellier propose quatre axes stratégiques pour renforcer l’aquaculture africaine et la rendre plus durable et plus performante :

  • investir dans les infrastructures et les technologies : Les gouvernements africains doivent concentrer leurs investissements dans des infrastructures clés telles que les écloseries, les infrastructures de conservation et de transformation utilisant des énergies renouvelables, ainsi que dans les technologies innovantes qui soutiennent des objectifs nutritionnels, économiques et écologiques, comme l’aquaculture multi-trophique intégrée (par exemple, la rizipisciculture) ;
  • soutenir les petits producteurs : Il est essentiel de renforcer le soutien à la petite aquaculture en créant des produits financiers et des applications mobiles adaptés aux besoins des petits producteurs. De plus, des programmes de formation et de perfectionnement sont nécessaires pour garantir un accès équitable au marché ;
  • promouvoir l’innovation et la recherche : Le financement de la recherche doit être accru, notamment en soutenant l’innovation par la création de pôles d’innovation, des programmes de mentorat et des incitations pour les instituts de recherche afin de garantir la durabilité et l’efficacité du secteur ;
  • renforcer la coopération régionale : L’amélioration de la coopération et des échanges régionaux est indispensable pour la durabilité du secteur. Cela passe par l’uniformisation des réglementations nationales et internationales en matière de pêche, la mise en place de systèmes de certification et d’étiquetage communs, et l’optimisation des procédures douanières.

Une opportunité à saisir pour l’Afrique

L’aquaculture en Afrique a un potentiel immense pour soutenir la croissance économique et améliorer la sécurité alimentaire du continent. Toutefois, pour répondre à la demande croissante et combler le déficit attendu d’ici à 2030, des investissements conséquents dans les infrastructures, les technologies et le soutien aux petits producteurs sont nécessaires.

Le rapport du Panel Malabo Montpellier appelle à une mobilisation accrue des gouvernements africains pour mettre en place des politiques favorables à la croissance durable de l’aquaculture et garantir un avenir prospère pour ce secteur stratégique.

VivAfrik

You may like