Contre l’illettrisme, des ateliers de lecture pour apprendre à déchiffrer la langue française

Alors que s’est ouverte samedi la Semaine de la francophonie, quelque 2,5 millions de personnes ne maîtrisent pas, en France, les compétences de base du français – parler, lire, écrire. À Paris, une association propose des activités de lecture et joue un rôle crucial dans l’évolution individuelle et professionnelle de ceux qui en bénéficient. Reportage.

Ce jeudi après-midi de mars, l’ambiance est studieuse dans la petite salle au plafond bas nichée au cœur du 20e arrondissement de Paris. Y parvenir nécessite de déchiffrer le nom de la rue et de se repérer dans le tourbillon du métro parisien, mais les apprenants connaissent le lieu, parfois depuis des années.

Savoirs pour réussir Paris, une association qui lutte contre l’illettrisme auprès des adultes et des jeunes à partir de 16 ans, y aide quelques-uns des 2,5 millions de Français en situation d’illettrisme, selon un état des lieux de la langue française réalisé pour le Parlement et publié en mars 2024.

Autant de personnes qui, après avoir généralement été scolarisées en langue française, ne disposent pourtant pas des compétences de base nécessaires en lecture, écriture, calcul, pour être autonomes.

L’une d’elles, Paméla, travaille dans l’atelier de céramique d’un Esat (Établissement et service d’aide par le travail).

Elle indique que grâce à l’association, ses progrès lui permettent désormais de « lire les panneaux dans la rue, les étiquettes de supermarché, les recherches sur Internet », facilitant ainsi son quotidien. Et puis, pour cette grande amatrice de mangas, réussir à déchiffrer les textes a été une « grande satisfaction personnelle ».

« Autonomie » comme maître-mot

« Notre association fonctionne dans l’empathie et le respect. Si une personne se trompe, on l’aide », explique Martine, une formatrice d’une cinquantaine d’années qui a effectué des études de médiation des apprentissages et est désormais bénévole au sein de l’association.

Dans l’atelier du jour, les apprenants doivent pouvoir débattre des textes.

« Nous effectuons un travail de compréhension et de mémorisation », précise-t-elle. Au-delà de déchiffrer un simple texte, cet atelier « permet de donner du sens à la lecture ».

C’est aussi l’occasion de passer un moment convivial avec « un groupe sympa », note Olmo, un apprenant qui participe aux activités de l’association depuis deux ans. Âgé de 24 ans, le jeune homme, qui travaille comme agent de conditionnement dans un Esat, espère que « l’avenir sera meilleur » et qu’il pourra évoluer « professionnellement ».

« Je ne connais rien du tout au portable.

Et la technologie : zéro », déplore quant à lui un septuagénaire algérien qui a travaillé toute sa vie dans une boucherie du quartier et qui fréquente les ateliers de l’association depuis plusieurs années. L’apprentissage de la langue est donc pour lui l’occasion de s’adapter aux nouvelles technologies.

L’avantage de suivre les personnes sur une longue période « est de pouvoir relever les difficultés et les corriger au fil des activités », explique Martine, la formatrice.

Olmo, un apprenant français âgé de 24 ans, Isabelle et Aïssata, deux Ivoiriennes âgées respectivement de 46 et 32 ans, le 13 mars 2025 à Paris.
Dans les locaux de Savoirs pour réussir Paris, une association de lutte contre l’illettrisme auprès des adultes et des jeunes à partir de 16 ans, le 13 mars 2025.
Un reflet de la sociologie francilienne

Plusieurs ateliers collectifs ou individuels sont proposés. « Ce sont des moments qui se veulent pédagogiques et interactifs », pointe Perrine Terrier, diplômée en lettres et directrice de l’association. Écriture, atelier presse, expression orale et même compétences numériques sont proposées par l’organisme.

La structure parisienne est un « reflet de la sociologie francilienne », avec une majorité de personnes « qui ont une double culture, qu’elles aient grandi ici ou qu’elles viennent de l’étranger », souligne la directrice.

Les profils sont donc variés : demandeurs d’asile, personnes qui viennent pour des raisons familiales ou économiques…

Dans les locaux de l'association Savoirs pour réussir Paris, le 13 mars 2025.
En 2023, la structure a accompagné 123 personnes, avec 34 % d’apprenants âgés de plus de 30 ans.
« L’association était historiquement dédiée aux 16-25 ans et s’est ouverte en 2018 aux adultes, sans limite d’âge », explique Perrine Terrier.

Certaines personnes « ont fait une scolarité banale » et, avec le temps, « les savoirs se sont érodés », mettant ces personnes « en grande difficulté avec la lecture et l’écriture », ajoute-t-elle.

C’est le cas de Dominique, une apprenante née à Lille.

« Enfant de la Ddass [acronyme désignant les Directions départementales des affaires sanitaires et sociales, des administrations aujourd’hui disparues, NDLR], elle a été placée rapidement avant même la fin de la scolarité obligatoire », raconte Perrine Terrier.

Isabelle, une Ivoirienne âgée de 46 ans, dit quant à elle avoir « suivi des cours dans son village natal jusqu’en CM2 », mais avoir tout oublié de la calligraphie française avec le temps.

L’intérêt pour les apprenants est de gagner au quotidien en autonomie, parce que, comme le résume Isabelle, « finalement, c’est épuisant de ne pas savoir bien lire et écrire ».

france24

You may like