Le Premier ministre estime sur France Inter ce dimanche que le contexte international empêche de revenir sur l’âge de départ à la retraite décidé lors de la dernière réforme.
François Bayrou regrette que la réforme des retraites d’Emmanuel Macron ait été décidée « sans les organisations syndicales ». « Je suis déterminé à défendre l’idée que nous avons besoin des corps intermédiaires », assure-t-il au micro de France Inter.
Pour autant, il n’y aura pas de retour à l’âge de départ à la retraite à 62 ans, affirme le Premier ministre ce dimanche au vu du « contexte international » plombé par la guerre en Ukraine. Il priorise le rétablissement « à l’équilibre de système des retraites du privé à 2030 ».
Pour les retraites du public, pas de calendrier annoncé sauf l’objectif d’un retour à « un meilleur équilibre ».
François Bayrou : "Dire que la solution est dans l'augmentation des impôts, c'est une blague ! Si les impôts permettaient d'être heureux, la France serait le pays le plus heureux du monde…" #QuestionsPol pic.twitter.com/0TJYVcECpD
— France Inter (@franceinter) March 16, 2025
Il souligne sa « divergence » avec l’ancien Premier ministre Édouard Philippe sur le sujet pour qui, selon ses mots, la « démocratie sociale » est « négligeable ».
La Cour des comptes a remis à Matignon en février un rapport très attendu, afin de redresser les comptes du système de retraite. D’ici 2045, le déficit affichera 30 milliards d’euros. Plusieurs leviers sont possibles, selon l’Institution financière, dont une désindexation des pensions de retraite.
Droits de douane américains
La France mène une guerre sur deux fronts. « Il faut se préparer sérieusement à des menaces militaires et à la guerre commerciale », lance François Bayrou, dont la cote de popularité est en baisse selon un sondage Ipsos. D’abord la guerre commerciale, enclenchée par l’administration de Donald Trump. L’Europe, et directement la France, vont être frappées par des hausses de droits de douane américains sur l’acier et l’aluminium (+ 25 %), mais aussi sur les vins et le champagne (+ 200 %), agitées par Donald Trump.
« Ce que fait le président des États-Unis est une déstabilisation complète, y compris pour son peuple », estime-t-il.
Ces décisions jettent un froid sur une relation franco-américaine relativement stable depuis la Seconde Guerre mondiale. « La France était habituée à une alliance avec des hauts et bas (avec les États-Unis) mais que personne ne remettait en question, basée sur la société de libertés. Depuis 80 ans, nous étions ensemble », regrette le Premier ministre.
Pas de service militaire mais « une armée de réserve »
Ensuite, les « menaces militaires ». Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a estimé dans un entretien au Parisien-Aujourd’hui en France que le retour du service militaire obligatoire, supprimé en 1995, n’était pas « une option réaliste ». « Tous les militaires le soutiennent, il faut construire une armée professionnelle », confirme François Bayrou.
À ses forces armées, le Premier ministre veut y ajouter « une armée de réserve ».
Il s’agit, selon lui, que « le lien entre l’armée et la nation soit vivant, respecté et soutenu » et que la France conserve « une capacité pour agir ». Ces réservistes pourraient, par exemple, intervenir rapidement dans des régions frappées par les catastrophes naturelles, comme à la suite du cyclone à Mayotte.
Emmanuel Macron doit également annoncer « dans les prochaines semaines une grande refonte » du service national universel (SNU), « qui correspondra aux besoins de la nation et aux priorités identifiées ». Le service civique sera à nouveau proposé aux jeunes qui sont volontaires, précise François Bayrou.
Pour le dialogue avec Poutine
François Bayrou approuve la mise en place de discussions entre l’Ukraine et la Russie, par l’intermédiaire des États-Unis. « Il faut toujours parler, y compris avec ses ennemis, si on veut un jour faire la paix, mais on n’est pas obligés de passer l’éponge sur les crimes », dit-il à propos de Vladimir Poutine.
« La négociation n’a pas complètement échoué encore.
Dès que l’on sera en situation d’échec, il faudra chercher d’autres mesures d’escalade, ce n’est pas à souhaiter mais s’il le faut, il le faut. La guerre est le dernier argument », ajoute le Premier ministre qui ne se dit « pas optimiste » sur la suite.
De la « fermeté » sur l’Algérie
Le Premier ministre a aussi répondu aux vives tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie. « Entre pays liés par un traité d’amitié et de coopération, il n’est pas possible d’avoir un refus de reprendre des ressortissants », commente François Bayrou. Il fait référence au respect de l’accord de 1968 qui confère un statut particulier aux Algériens en France, l’ancienne puissance coloniale, en matière de circulation, de séjour et d’emploi.
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau avait menacé samedi de quitter le gouvernement si Paris renonçait à un rapport de force avec l’Algérie pour qu’elle accepte d’accueillir ses ressortissants en situation irrégulière en France.
En revanche, François Bayrou dénonce « des campagnes hostiles » menées contre la France sur les réseaux sociaux, en référence aux influenceurs algériens, dont certains ont été expulsés de France mais refoulés par l’Algérie. « Il faut de la fermeté » sur la question, ajoute-t-il.
Le scandale Bétharram
Concernant les révélations sur les violences dans des établissements comme Notre-Dame-de-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques), le Premier ministre, accusé d’avoir été au courant de faits de violences — ce qu’il dément — estime qu’il s’agit là d’une « manœuvre de déstabilisation » et d’ « un drame ». Il se rendra à la commission parlementaire d’enquête ouverte sur ces violences. « J’ai reçu les victimes et je travaille avec elles », insiste celui qui a rencontré un collectif de victimes le 15 février à Pau.
La ministre de l’Éducation Élisabeth Borne avait annoncé samedi soir, un renforcement des contrôles et une remontée désormais « systématique » des faits de violences dans l’enseignement privé sous contrat.
Il s’agit d’« organiser une remontée systématique des faits de violence, mieux recueillir la parole des élèves, et renforcer les contrôles dans l’enseignement privé sous contrat », indique-t-elle dans les colonnes de la Tribune Dimanche.
Situé dans les Pyrénées-Atlantiques, le collège-lycée de Notre-Dame-de-Bétharram est au cœur d’une vaste enquête sur des violences, agressions sexuelles et viols dénoncés par plus d’une centaine de plaignants pour des faits remontant jusqu’aux années 1950 et qui s’étalent sur un demi-siècle.
Depuis ces révélations, des collectifs émergent un peu partout en France pour dénoncer des violences physiques et sexuelles commises dans d’autres établissements catholiques privés, éclaboussant la réputation de ce secteur où sont scolarisés 2 059 650 élèves dans 7 190 établissements.
leparisien