Arrestation du maire d’Istanbul : qui est Ekrem Imamoglu, la « bête noire » de Recep Tayyip Erdogan ?

Ekrem Imamoglu, qui doit être officiellement choisi dimanche comme candidat de l’opposition pour la prochaine présidentielle, a été interpellé mercredi accusé de corruption et de terrorisme lors d’une opération d’envergure.

Il a pensé à remettre sa cravate avant de partir avec les policiers. L’arrestation au petit matin, mercredi 19 mars, d’Ekrem Imamoglu, le populaire maire d’Istanbul, est un coup de tonnerre. Plusieurs centaines de policiers ont cerné son domicile avant de le perquisitionner et d’emmener l’édile sous bonne escorte. Juste avant, Ekrem Imamoglu, « bête noire » du président Erdogan, s’était filmé dans son dressing, serrant sa cravate : « Nous sommes face à une grande tyrannie. Je ne baisserai pas les bras. Je m’en remets au peuple.

Sachez que je resterai droit et debout », assurait-il, alors.

Le moment choisi pour cette arrestation n’est pas anodin. L’élu a été interpellé, accusé de corruption et de terrorisme, lors d’une opération visant également plus d’une centaine de ses collaborateurs, d’élus et membres de son parti, qui dénonce « un coup d’Etat » contre l’opposition. Imamoglu doit en effet être intronisé, dimanche 23 mars, lors des primaires du Parti républicain du peuple comme le candidat de l’opposition pour la prochaine présidentielle. Il est d’ailleurs seul en lice. Le président turc n’entend pas lui permettre d’être à la Une de l’actualité, lui qui est déjà très populaire et en tête de nombreuses enquêtes d’opinion.

Des proches d’Imamoglu ont déjà été arrêtés
Ekrem Imamoglu a multiplié les piques ces dernières semaines à l’encontre du président, avec la crise économique et l’inflation comme angles d’attaque privilégiés. L’opposition pousse aussi pour des élections anticipées. Il fallait donc, pour le pouvoir, aller vite. Lors de la dernière présidentielle en 2023, l’épée de Damoclès d’une peine de prison l’avait déjà empêché de se présenter. Et ces dernières semaines, les inculpations se sont multipliées : corruption, terrorisme, truquage de marchés publics, faux diplôme, insulte au procureur, pressions sur des témoins, etc.

La figure politique dénonce un harcèlement judiciaire et un pouvoir tyrannique.

Ce slogan a d’ailleurs été repris mercredi matin par les étudiants qui se sont mobilisés. Chacune de ces accusations porte le risque d’une peine de prison et d’inéligibilité. Malgré tout, le temps de la justice n’est pas forcément le temps politique, d’où l’accélération de ce mercredi matin.

« Coup d’État »
Après avoir arrêté des maires d’opposition de plusieurs arrondissements d’Istanbul, des proches d’Imamoglu, après avoir resserré l’étau autour du maire, c’est donc la tête qui est directement visée. Les partis d’opposition, notamment pro-kurdes, font corps derrière lui. C’est un « coup d’État  » pour son parti, le CHP, qui ajoute que la primaire aura tout de même bien lieu dimanche.

Ekrem Imamoglu est l’opposant historique du président Erdogan, sa bête noire, le seul sans doute en mesure de le battre lors d’une présidentielle.

C’est une bête de communication. Il attire les votes des jeunes, il est d’ailleurs capable de transformer un meeting en rave techno. Ou de danser du folk pour s’attirer les voix des plus anciens, comme lorsqu’il était à Trabzon sur les bords de la mer Noire, avec une écharpe du club de foot de la ville sur les épaules. Il faisait alors campagne pour le candidat de l’opposition à la présidentielle de 2023.

Toutes les communautés peuvent voter pour lui, les femmes dont il défend régulièrement la cause, mais aussi les musulmans pratiquants, lui qui est pieux. Ainsi que les Kurdes. Et cela inquiète bien sûr en haut lieu.

Un rassemblement à Istanbul
Récemment en campagne pour la primaire de dimanche, Ekrem Imamoglu a multiplié les piques contre Erdogan, comme à Bursa dans le centre du pays : « Tu ne nous apprendras jamais la défaite. Je t’ai battu quatre fois. Tu vas goûter ta cinquième défaite et rentrer chez toi. J’ai une mauvaise nouvelle pour toi, je serai ton pire cauchemar. Je n’ai pas peur.

Je n’oublierai rien ».

À la mi-journée, l’opposition et les jeunes commencent à se rassembler à Istanbul, ils dénoncent donc un coup d’État. Le duel entre les deux hommes a peut-être lieu en ce moment dans les rues de la grande ville.

franceinfo

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