Route des Canaries : plus de 180 migrants interceptés avant leur départ en Guinée-Bissau et au Sénégal

Quatre-vingt-dix migrants ont été stoppés par la garde-côtière en Guinée-Bissau, dans l’archipel des Bijagos, alors qu’ils s’apprêtaient à naviguer illégalement vers les Canaries espagnoles, à plus de 1 800 km de là. Même scénario au Sénégal, où les autorités ont intercepté 92 personnes qui tentaient elles aussi de rejoindre l’Espagne via l’Atlantique.

Plus de 180 migrants ont été interceptés en Guinée-Bissau et au Sénégal au cours de ces dernières vingt-quatre heures, a appris l’AFP mardi 1er avril de sources sécuritaires bissau-guinéennes.

Quatre-vingt-dix candidats à l’émigration pour l’Espagne dont 66 Guinéens, quatre Bissau-guinéens et deux Sénégalais, font partie des personnes interpellées dans l’archipel des Bijagos, qui regroupe 88 îles dans l’océan Atlantique, a indiqué une source de sécurité du pays.

Deux femmes enceintes et des enfants, dont un bébé d’un an, figurent parmi les interceptés. Ils se trouvaient à bord d’une pirogue quand la garde nationale bissau-guinéenne les a arrêtés dans les Bijagos.

Deux personnes ont pris la fuite, selon la même source.

L'archipel des Bijagos se trouve à plus de 1800km des Canaries. Crédit : Google maps

Des milliers d’Africains tentent depuis des années de s’engager sur la très dangereuse route de l’Atlantique pour rejoindre l’Europe via l’archipel des Canaries. Cette porte d’entrée espagnole est pourtant distante de plus de 1 800 km de l’archipel guinéen des Bijagos.

Au Sénégal voisin, lui aussi pays de départs illégaux vers les Canaries, la marine a annoncé sur X avoir intercepté lundi 92 candidats à l’émigration clandestine dans une zone insulaire dans le delta du Saloum, au sud du pays.

La nationalité des personnes interpellées, également à bord d’une pirogue, n’a pas été précisée.

Les autorités sénégalaises communique régulièrement sur les réseaux sociaux au sujet des interceptions de migrants au large de ses côtes.

Le 7 mars, elles avaient déjà annoncé avoir stoppé en mer « 232 migrants de différentes nationalités, dont plusieurs femmes, des mineurs et des personnes affaiblies ».

D’autres pays sont également concernés par ces départs.

La Mauritanie, par exemple, est un pays de transit majeur pour les migrants originaires d’Afrique de l’Ouest qui souhaitent se rendre en Europe via la route des Canaries. Selon les autorités espagnoles, 83 % des migrants qui débarquent dans l’archipel transitent par la Mauritanie.

Au total, l’an dernier, 46 843 migrants sont arrivés dans l’archipel, selon Madrid, un chiffre dépassant largement le record établi en 2023 (39 910).

Plus de 47 000 personnes sont arrivées irrégulièrement aux îles Canaries l'année dernière. Crédit : picture alliance/dpa/EUROPA PRESS

Mais les drames sont hélas très courants. Les décès très nombreux. L’année dernière, près de 10 000 migrants sont morts dans l’Atlantique alors qu’ils tentaient de rejoindre les Canaries selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras. Un record.

Beaucoup de pirogues se perdent dans l’immensité de l’océan.

Il faut compter au moins une semaine, plusieurs parfois, en haute mer, pour rejoindre les rives espagnoles des Canaries. Les vents violents et les forts courants rendent la traversée très risquée, et peut faire dériver les pirogues surchargées et en mauvais état.

Le Cap-Vert se situe au large du Sénégal. Crédit : InfoMigrants

De nombreux témoignages rapportent des voyages cauchemardesques soumis aux aléas météorologiques, aux avaries de moteur, à la soif et à la faim. Il n’est pas rare de trouver des corps de personnes mortes de faim ou de soif dans les canots secourus au large de l’archipel espagnol.

Et de par sa position géographique, le Cap-Vert se retrouve lui aussi confronté à ces drames.

Le 3 mars dernier, un canot avec à son bord cinq cadavres a été retrouvé sur une île du nord-ouest de l’archipel situé dans l’océan Atlantique. Cinq survivants étaient également sur la pirogue au moment de sa découverte par les autorités mais l’un d’eux est mort à l’hôpital le lendemain.

En août dernier, plus de 60 exilés avaient aussi péri noyés dans l’Atlantique, près de l’archipel cap-verdien.

L’embarcation, avec 38 survivants, avait été repérée à 150 milles nautiques (277 km) de l’île de Sal par un navire de pêche espagnol, qui avait alerté les autorités du Cap-Vert. La pirogue, partie du Sénégal, avait dérivé pendant plusieurs jours en haute mer.

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