INTERVIEW – Zabou Breitman : “J’ai un esprit un peu bizarre”

Etonnante. Surprenante. A 65 ans, elle aime toujours sortir de sa zone de confort. Deux nouveaux films, Le Garçon et Cassandre, le démontrent. Avec elle, la vie, c’est maintenant !

Elle a toujours aimé emprunter des chemins de traverse, Zabou, se trouver là où on ne l’attend pas. C’est encore le cas avec ses deux derniers projets. Le Garçon, d’abord, en salles le 26 mars, qu’elle a coréalisé avec Florent Vassault. Un film inclassable, hors norme, comme elle les aime. L’idée qui les a guidés est que chaque personne vaut la peine qu’on raconte son histoire. Ils se sont ainsi intéressés à un petit blondinet et sa famille découverts dans un lot de vieilles photos.

A Zabou la partie fiction, jouée entre autres par Isabelle Nanty et François Berléand, qui illustre vingt-quatre heures de la vie de ces inconnus.

Et à Florent la partie documentaire, avec son enquête pour retrouver le petit garçon. Un film conçu à quatre mains et qui s’est construit presque sous leurs yeux, sans savoir où ils allaient. Ça, c’est la Zabou créative, qui ose. Mais il y a aussi l’actrice, pétrie de talent, qui aime se mettre en danger avec des rôles difficiles, comme dans Cassandre, d’Hélène Merlin (sortie en salles le 2 avril).

Sans oublier la Zabou maman et désormais grand-mère d’un petit garçon. Rencontre avec une incorrigible touche-à-tout qui sait profiter du bonheur lorsqu’il se présente à elle.

GALA : Avec Le Garçon , pourquoi avez-vous eu envie de vous mettre en danger à ce moment de votre carrière et de votre vie ? 

ZABOU BREITMAN : Je n’étais pas sur cinquante projets… Et aussi parce que j’adore expérimenter, tenter des choses. Là, avec Le Garçon, on a mis en place un système anticonventionnel qui allait forcément aboutir sur un film à part. Nous ne savions pas, Florent et moi, ce que chacun tournait.

L’écriture s’est faite au montage et je pensais qu’il sortirait quelque chose d’extraordinaire de cette mise en danger, de ne pas tout savoir. Et puis l’idée même du truc improbable me plaît aussi. Car j’ai toujours la sensation qu’il y a une police du cinéma à laquelle je me dérobe.

GALA : À travers cet exercice, finalement, vous vous interrogez sur vous- même, vous remettez en question vos certitudes ?

Z. B. : Absolument. Et avec plaisir. Ça me permet de vivre des moments où l’étonnement et le merveilleux existent encore. Ne pas savoir, se laisser faire et aller. C’est un manège légèrement terrifiant mais pas trop, dans lequel vous ne risquez rien au fond. C’est surtout une source de bonheur intense. Je trouve important de se rendre compte quand le bonheur est là. J’ai trop vu le regret chez mes parents. Le bonheur passé. C’est bien de regarder en arrière mais pas seulement. La vie, sinon, n’existe pas. Et la vie, c’est maintenant.

GALA : La partie fiction du Garçon raconte ce qu’on projette sur une photo, ce qu’on fantasme. Vous avez décidé que ce petit garçon serait heureux dans la vie. C’est votre nature optimiste qui l’a dicté ?

Z. B. : Oui c’est vrai, je le suis. Je peux être négative parfois ou désespérée des gens, mais j’aime tellement la vie.

 

« Ne pas savoir, se laisser faire est une source de bonheur intense »

GALA : D’où vous vient cet optimisme ? 

Z. B. : De mon père. Il aimait profondément la vie. Ma mère aussi mais d’une autre manière. Elle était plus sombre, plus rebelle. Dans la bagarre. Aujourd’hui, elle serait #MeToo à fond. Moi, j’ai été gâtée. Elle me disait que j’avais de la chance. Ça m’énervait mais elle avait raison. J’ai toujours été très heureuse, on me l’a beaucoup reproché d’ailleurs. Ça agaçait.

GALA : Dans votre vie personnelle, quel est votre rapport à la photo ? 

Z. B. : J’adore ça, j’en fais toujours beaucoup. Mais je regrette de ne pas les imprimer. Et je trouve les photos numériques trop parfaites. Et ce qui est parfait est morbide. L’imperfection est belle, plus intéressante. On y voit l’être humain. Aujourd’hui, j’utilise des filtres qui reproduisent des photos ratées.

GALA : Où sont les photos de vos enfants ? Dans des boîtes, dans des albums ? 

Z. B. : J’ai fait un album mais j’ai toujours, dans mon sac, des photos de mes enfants lorsqu’ils étaient plus jeunes et de mon petit-fils. A la maison, j’ai beaucoup de cadres aussi. Là, j’ai envie de faire un mur entier de polaroïds. Comme une installation.

GALA : Vous êtes grand-mère depuis peu. Un rôle qui vous plaît ?

Z. B. : Énormément, mais je m’en doutais. Mon petit-fils a 15 mois et je ne le vois pas beaucoup parce qu’il vit aux États-Unis. C’est drôle, il n’arrive pas à dire mamie et m’appelle Zaza.

GALA : Quelle grand-mère êtes-vous ? 

Z. B. : Je lui lis beaucoup d’histoires. Je lui ai fabriqué un livre de dessins qui parle de lui, dans lequel il perd un doudou qu’il adore. Maintenant, il se dépêche de tourner les pages parce qu’il sait qu’il le retrouve à la fin. J’ai hâte de faire des gâteaux avec lui, de la pâte à modeler. On rit beaucoup, je lui fais des blagues. Tout est simple.

GALA : C’est un beau sentiment de voir votre fille maman ? 

Z. B. : Magnifique. C’est un peu comme les poupées russes. Et encore elle n’a pas eu une fille. Anna est une belle-maman, je la trouve géniale. Et le papa est top aussi. Ils sont vraiment formidables.

GALA : Êtes-vous fière des adultes que sont devenus vos enfants ?

Z. B. : Oui très. Ils ont deux parcours complètement différents. Anna fait un travail incroyable sur la diversité et la parité dans le milieu des start-up. Et Antonin est toujours dans la réalisation, la mise en scène de théâtre, le jeu d’acteur. Je suis très fière d’eux et, surtout, de les voir heureux et épanouis dans ce qu’ils font. Parce que ce n’est pas facile aujourd’hui.

GALA : Le film parle de la trace qu’on laisse. Quelle sera la vôtre ? 

Z. B. : Je n’en sais rien. J’aimerais monter une école de théâtre, pour transmettre ma curiosité, mon expérience. Parce que sinon, je vois bien que j’ai un esprit un peu bizarre, que je ne pense pas pareil. Je n’y peux rien, même si ça me met parfois en porte-à-faux. Certains ont du mal à imaginer que je puisse avoir des projets un peu conceptuels, différents, comme ce film. Mais ça m’est égal. Ce qui compte, c’est qu’il se passe quelque chose.

GALA : Vous vous fichez du regard des autres ? C’est important pour une artiste, non ? 

Z. B. : Je ne m’en moque pas, ça me chagrine quand les gens ne pensent pas du bien de moi. Mais je ne lis jamais rien qui me concerne, ni les critiques, bonnes ou mauvaises. Cela me permet de continuer à être comme je suis. Sinon ça me changerait.

GALA : Qui voyez-vous quand vous vous regardez dans un miroir ? 

Z. B. : J’y vois une personne mais, à l’intérieur je suis la somme de toutes celles que j’ai été depuis toute petite. Un miroir est injuste car il ne reflète pas exactement ce qu’on ressent et qui on est. Je n’en ai quasiment aucun chez moi, même si c’est pratique pour se maquiller ou vérifier qu’on n’a rien dans les dents avant de sortir.

GALA : Le Garçon développe l’idée que chaque vie est une aventure. La vôtre en est une ? 

Z. B. : Oui, franchement. Un jour que j’étais à New York chez ma fille, un copain me propose d’aller au Lincoln Center voir un de ses amis danseur. Je me disais que tout le monde n’a pas cette chance, de voyager, d’aller voir des spectacles dans d’autres pays. Et puis à côté, je continue à prendre le métro, le bus, je fais mes courses moi-même, j’en ai besoin. Et personne ne m’embête jamais. On me glisse parfois un mot, comme « je vous aime beaucoup », « je vous adore ». C’est la classe absolue.

GALA : Votre film raconte la fragilité d’une vie. C’est une pensée qui vous habite au quotidien ? 

Z. B. : Oui. C’est pour ça que j’aime autant la vie. C’est incroyable. Et je sais repérer le bonheur quand il est présent. Il faut y faire attention, il est précieux.

gala

 

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