Grippe aviaire : ce mécanisme efficace de nos défenses naturelles pourrait être déjoué et cela soulève une grande inquiétude

En 2025, la grippe aviaire progresse en Europe et la France passe en risque élevé, tandis qu’une étude révèle que certains virus pourraient résister à la fièvre humaine, remettant en cause un de nos principaux mécanismes de défense. Faut-il s’en inquiéter ?

La grippe aviaire continue de circuler à grande échelle dans le monde, touchant particulièrement l’Europe où les détections chez les oiseaux sauvages ont fortement augmenté depuis la fin de l’été. En France, la situation s’est suffisamment aggravée pour que le pays place l’ensemble de son territoire en niveau de risque « élevé » face à l’influenza aviaire hautement pathogène, le 21 octobre 2025. Dans ce contexte de tensions, une étude récente publiée dans Science, co-menée par des laboratoires de l’University of Cambridge et de l’University of Glasgow, jette un nouveau regard inquiet sur la menace que représentent les virus de la grippe aviaire pour l’Homme : ils pourraient survivre à la fièvre, c’est-à-dire briser l’un des remparts naturels de notre organisme.

Un mécanisme naturel… qui ne fonctionne pas contre les virus aviaires
La fièvre est l’un des moyens les plus anciens du corps pour freiner les infections. En élevant la température corporelle jusqu’à 40-41 °C, l’organisme cherche à empêcher les virus de continuer à se répliquer.

Pour les virus de la grippe humaine, cela fonctionne plutôt bien : ils sont plus à l’aise autour de 33 °C, dans les voies respiratoires supérieures, nez, gorge, trachée, où la température est naturellement plus basse.

Les virus de la grippe aviaire, eux, sont habitués à des conditions bien plus chaudes : chez leurs hôtes naturels, canards, oies, goélands, ils se multiplient souvent dans l’intestin, où la température oscille entre 40 et 42 °C. Résultat : ils sont naturellement résistants à la chaleur, là où les virus humains le sont beaucoup moins.

L’étude montre que cette différence est largement due à un gène interne, PB1, essentiel à la réplication du génome viral. Les virus aviaires porteurs d’une version « haute température » de ce gène restent pleinement fonctionnels même à des températures fébriles

Pourquoi cette découverte est préoccupante pour l’Homme ?
Pour comprendre la résistance thermique des virus aviaires, les chercheurs ont utilisé un modèle bien établi : le virus PR8, une souche de grippe humaine modifiée en laboratoire, totalement inoffensive pour l’Homme, mais représentative du comportement viral réel.

Chez la souris, la fièvre ne se déclenche pas naturellement en réponse à la grippe A. L’équipe a donc eu recours à une approche ingénieuse : augmenter légèrement la température de l’environnement dans lequel les souris étaient logées, ce qui élève mécaniquement leur température corporelle. Cette méthode a permis de recréer des conditions proches d’un épisode fébrile humain.

Les résultats ont été nets :

une hausse de seulement 2 °C suffit à stopper la réplication du virus de la grippe humaine ;
la même hausse n’avait quasiment aucun effet sur les virus de grippe aviaire ;
les souris infectées par un virus portant un gène PB1 d’origine aviaire développaient une maladie sévère, malgré la fièvre simulée.

Les chercheurs soulignent que cette adaptation à la chaleur rend la fièvre humaine inefficace pour freiner ces souches. Plus inquiétant encore : si un virus humain acquiert ce PB1 « aviaire », il pourrait devenir à la fois transmissible entre humains et résistant à la fièvre, augmentant drastiquement son potentiel de gravité.

Le professeur Sam Wilson, auteur principal de l’étude a déclaré : « Heureusement, les humains ne sont généralement pas infectés par les virus de la grippe aviaire très fréquemment, mais nous observons tout de même des dizaines de cas humains chaque année. Les taux de mortalité liés à la grippe aviaire chez l’Homme ont toujours été alarmants, comme lors des infections historiques à H5N1 qui ont entraîné une mortalité supérieure à 40 %. »

Ces résultats pourraient aussi changer la manière dont on réfléchit au traitement de la grippe. Les auteurs restent prudents : il faudra encore beaucoup de recherches avant d’envisager de modifier les recommandations médicales. Aujourd’hui, on traite souvent la fièvre avec des antipyrétiques

comme l’ibuprofène ou l’aspirine. Mais plusieurs études indiquent que faire baisser la fièvre n’est pas toujours une bonne idée, car cela pourrait parfois réduire la capacité du corps à contrôler l’infection et, dans certains cas, faciliter la transmission du virus de la grippe A entre humains.

futura

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