L’Irlande annonce de nouvelles mesures pour durcir sa politique migratoire

Règles plus strictes pour demander le regroupement familial et la citoyenneté, révocation du statut de réfugié d’une personne jugée « dangereuse »… Le ministre de la Justice irlandais a présenté mercredi une série de mesures pour durcir sa politique migratoire et « réduire le taux de croissance démographique » de l’Irlande, quelques jours après le nouveau plan de réformes sur l’asile annoncé au Royaume-Uni.

L’Irlande serre la vis à son tour. Mercredi 26 novembre, le gouvernement de coalition au pouvoir en Irlande, dominé par les deux grands partis de centre-droit, a approuvé des mesures pour durcir l’asile, dans la foulée de la réforme migratoire annoncée par le Royaume-Uni quelques jours plus tôt.

La principale justification pour cette nouvelle législation : réduire la croissance « extrêmement forte » de la population irlandaise, qui met « sous pression » les capacités d’hébergement et les services publics, rapporte le ministre irlandais de la Justice, des Affaires intérieures et des Migrations, Jim O’Callaghan. « Notre population a augmenté l’année dernière de 1,6%, ce qui est sept fois la moyenne dans l’Union européenne », a-t-il déclaré à la presse mercredi.

L’Irlande a longtemps été un pays d’émigration, mais voit désormais sa population augmenter. En avril 2025, elle comptait 5,46 millions d’habitants, avec une immigration nette de 59 700 personnes.

Le nombre de demandes d’asile en Irlande a aussi connu une hausse ces dernières années : il a atteint un niveau record de 18 651 en 2024, contre 13 276 l’année précédente. Avant la pandémie du Covid, l’Irlande comptait entre 3 000 et 4 000 demandeurs d’asile par an, selon le ministre de la Justice.

« Nous ne voulons pas revenir à la situation qui prévalait en Irlande il y a 80 ans, lorsque notre population était en déclin. Son augmentation est un signe positif, mais son rythme reste toutefois préoccupant », a-t-il assuré.

Durcir l’accès au regroupement familial
Pour réduire le nombre d’arrivées d’exilés, le gouvernement entend surtout restreindre les conditions d’accès au regroupement familial pour les ressortissants de pays extérieurs à l’Espace économique européen. Selon le ministère de la Justice, en 2024, environ 23 000 personnes ont rejoint l’Irlande dans le cadre de procédures de regroupement familial, dont des membres de famille d’étrangers qui se trouvaient ici avec un visa de travail ou qui avaient obtenu l’asile dans le pays.

Des migrants, qui campaient devant l'Office de protection de Dublin, font la queue devant le Service d'hébergement de la protection internationale, à Citywest, près de Dublin, le 1er mai 2024. Crédit : Reuters

Désormais, selon la nouvelle législation, ceux qui souhaitent faire venir leur famille en Irlande à travers le regroupement familial devront prouver qu’ils touchent un revenu suffisamment élevé et qu’ils disposent d’un logement pour subvenir à leurs besoins.

Pour faire venir un conjoint, il faudra justifier d’un salaire annuel moyen d’au moins 30 000 euros. Pour faire venir un enfant, il faudra gagner au moins 44 300 euros par an (le revenu à justifier augmente pour chaque enfant supplémentaire que l’on souhaite faire venir).

Nouvelles conditions pour demander la citoyenneté

Le gouvernement irlandais a également présenté les mesures suivantes :

-Les bénéficiaires d’une protection internationale (notamment les réfugiés) devront avoir vécu en Irlande pendant cinq ans avant de pouvoir prétendre à la nationalité irlandaise, au lieu de trois ans actuellement.

-Un critère d’éligibilité pour demander la citoyenneté est rajouté : les personnes ne doivent pas percevoir depuis longtemps certaines aides sociales et ne doivent pas « avoir de dette envers l’État pendant une période définie précédant leur demande ».

Mon intention ici n’est pas d’exclure toute personne ayant déjà reçu une aide sociale de l’État, mais je pense qu’il est raisonnable d’attendre d’une personne qui souhaite obtenir la citoyenneté qu’elle ait contribué au pays », estime Jim O’Callaghan dans un communiqué du ministère.

Les demandeurs d’asile qui ont un emploi devront aussi désormais contribuer financièrement à leur logement fourni par l’État. Cette contribution variera de 10 % à 40 % de leur revenu hebdomadaire, ce qui correspond à une somme allant de 15 € à 238 € à verser à l’État par semaine.

Le gouvernement aura le pouvoir de révoquer le statut de réfugié d’une personne si celle-ci est jugée « dangereuse pour la sécurité de l’État », ou condamnée pour un crime grave.

Les autorités envisagent également de limiter le nombre de visas étudiants.

Ces mesures doivent encore être soumises au vote du Parlement début 2026. Selon le gouvernement, elles seront ensuite progressivement mises en place d’ici un an.

« Il s’agit d’un durcissement modeste, mais néanmoins important », a souligné mercredi le Premier ministre irlandais, Micheal Martin. « L’immigration, en général, est une chose positive pour notre économie et notre société. Il suffit de regarder nos services de santé ou notre secteur des technologies pour le voir », a-t-il toutefois reconnu.

Par ailleurs, les autorités précisent que « les demandes de protection internationale sont désormais traitées beaucoup plus rapidement et, d’ici le début du mois de juin de l’année prochaine, toutes les nouvelles demandes seront traitées dans un délai de 3 à 6 mois ».

En réaction, Nick Henderson, le président du Irish Refugee Council, a dénoncé auprès du Irish Times des propositions « profondément alarmantes ». « Elles sapent gravement deux piliers essentiels de l’intégration des réfugiés : un parcours clair vers la citoyenneté et la possibilité de retrouver leur famille. Le gouvernement demande aux réfugiés de s’intégrer, mais leur enlève la possibilité de le faire », s’est-il indigné.

Montée de sentiments anti-migrants en Irlande

Ces mesures de durcissement d’accès à l’asile interviennent quelques jours après des annonces du même type au Royaume-Uni. Le Premier ministre Micheal Martin a estimé récemment que l’Irlande devait « se préparer » aux « répercussions » possibles du plan de réforme britannique, et anticiper davantage d’arrivées.

Selon Jim O’Callaghan, 87 % des personnes qui ont demandé l’asile en Irlande arrivaient via l’Irlande du Nord, province du Royaume-Uni avec laquelle elle partage une frontière. Mais « ces nouvelles mesures ne sont pas une réaction à la politique britannique, car beaucoup ont été élaborées avant cela », a affirmé Micheal Martin.

Des manifestants près d'un hôtel pour réfugiés dans l'ouest de Dublin, le 21 octobre 2025. Crédit : Picture alliance

Dans le même temps, l’hostilité envers les migrants a gagné du terrain dans le pays.

Comme au Royaume-Uni, des lieux hébergeant des demandeurs d’asile ont été pris pour cible ces derniers mois. Fin octobre, Dublin a notamment connu une flambée de violences après l’agression sexuelle d’une fillette irlandaise de 10 ans par un homme étranger. Des dizaines de personnes avaient été arrêtées lors de plusieurs manifestations devant un hôtel accueillant des migrants dans le sud-ouest de la capitale.

Le 31 octobre dernier, un centre d’accueil pour demandeurs d’asile près de Dublin avait été la cible d’un incendie « d’origine criminelle », selon la police irlandaise. Tous les occupants avaient été évacués, et quatre enfants et un adulte avaient été secourus alors qu’ils s’étaient réfugiés au dernier étage du bâtiment. Le gouvernement avait alors condamné une attaque « odieuse [qui] n’a pas sa place dans notre société ».

infommigrant

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