u bout de 72 heures de conclave, les « Market Days » de l’Africa Investment Forum (AIF) 2025 se sont achevés, ce vendredi 28 novembre à Rabat (Maroc), sur des intentions d’investissement d’un montant de 15,263 milliards de dollars pour 39 projets « bancables » en Afrique. C’est beaucoup moins qu’en 2024 en termes de volume mais il semble que les approches sont différentes.
Du “buzz” à l’impact concret
Les Market Days 2025 de l’AIF 2025 se seraient concentrés sur des dossiers matures, soutenus par des études d’impact, de faisabilité et des modèles financiers solides. C’est cette structuration en amont qui aurait permis de déclencher « l’appétit » des bailleurs de fonds internationaux, du moins selon le président de la BAD. Pour Sidi Ould Tah, « Les accords, que nous avons conclus ici, constituent une première étape essentielle dans le développement économique et le début de la transformation de l’Afrique. » Sidi Ould Tah d’ajouter : « Grâce à notre engagement sans faille, banquiers, investisseurs et décideurs politiques, nous réaliserons ensemble la promesse d’une Afrique prospère, résiliente et souveraine. »
Energie et Transports
Conformément à la tradition de l’AIF, les dans différentes zones géographiques et différents secteurs et, l’orientation des capitaux semble révéler les priorités stratégiques de l’Afrique. Ainsi que l’a indiqué Sidi Ould Tah, les deux tiers des « boardrooms » (salles de transactions) ont concerné les secteurs de l’énergie et des transports, tandis que les autres comprenaient des entreprises prometteuses dans les domaines de l’industrie et de l’agroalimentaire.
Placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, l’événement porté par la BAD et ses partenaires (Africa50, Afreximbank, DBSA, entre autres), et auquel 32 organisations mondiales du secteur privé (elles sont deux fois plus nombreuses qu’en 2024) ont apporté leur soutien financier à la réalisation, a drainé plus de 2 000 délégués et plus de 1 800 places individuelles réparties dans 39 « boardrooms » (salles de transactions) ont été occupées par des fournisseurs de capitaux privés venus d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Europe, des Amériques et d’Australie. Des banques commerciales et d’investissement, notamment Citibank, Deutsche Bank, Qatar Development Bank, First Abu Dhabi Bank, Goldman Sachs, Rand Merchant Bank et JP Morgan ont également été représentées.
Tendance à la prudence
A priori et en analysant le volume d’intentions annoncées, on peut en déduire que le contexte macroéconomique (taux élevés, perception du risque, resserrement global des investisseurs) a clairement pesé. Les délégations, notamment internationales, ont annoncé moins de montants et sur des projets plus ciblés.
Par ailleurs, avec 39 projets sélectionnés comme “bancables”, l’AIF 2025 a visiblement resserré la définition du “prêt à financer”. Cette rigueur est positive, même si elle réduit mécaniquement les volumes annoncés.
Il faut dire que depuis plusieurs éditions, le forum accumule les annonces mais peine à convertir les engagements en décaissements. Récemment, la BAD avait communiqué un taux de clôture progressif qui est généralement inférieur à 25% du montant total annoncé. Par exemple, sur les 37 milliards de dollars annoncés en 2024, seule une fraction serait effectivement injectée dans les projets dans les années suivantes.
Les investisseurs, de plus en plus sensibles à cette réalité, retiennent sans doute leurs chiffres pour ne pas alimenter une dynamique d’annonces sans lendemain.
Ce que cela révèle sur le forum, lui-même, c’est que ce recul 2025 confirme un sentiment qui grandit dans les cercles économiques africains : l’AIF tourne un peu en rond. Les discours restent ambitieux, mais les instruments financiers continentaux n’évoluent pas assez vite. Tant que les fonds de pension, les assurances et les banques africaines n’auront pas de véhicules adaptés pour absorber le risque, la mobilisation du capital local restera théorique — malgré le fait que ce soit le thème récurrent depuis cinq ans.
L’AIF 2025 a été dynamique, bien organisé, et riche en plaidoyers politiques. Mais sur le plan strictement quantitatif, 15,263 milliards de dollars, c’est une contre-performance par rapport au niveau record de 2024. L’enjeu pour 2026 sera donc clair : regagner du terrain, mais surtout regagner en crédibilité sur la conversion réelle des engagements. Comme l’a suggéré le représentant de la Banque de développement de l’Afrique australe (DBSA) : « Le thème principal de cette édition doit être porté au-delà de l’AIF : « Réduire les écarts : mobiliser le capital privé pour libérer tout le potentiel de l’Afrique » »