La junte au pouvoir a formé samedi un nouveau gouvernement de 28 membres, en majorité des civils. Dans le même temps, Goodluck Jonathan, qui faisait partie des observateurs des scrutins du 23 novembre, a de nouveau affirmé que le coup d’État était selon lui « factice ».
La junte au pouvoir en Guinée-Bissau a formé samedi 29 novembre un nouveau gouvernement composé de 28 membres, en majorité des civils. Il compte également cinq officiers, dont le général de brigade Mamasaliu Embaló, nommé au poste de ministre de l’Intérieur, et le général Stive Lassana Manssaly qui occupe le portefeuille de la Défense nationale. Quatre femmes intègrent aussi le gouvernement.
Le général à la tête de la junte, Horta N’Tam, désormais président d’une transition censée durer un an, avait auparavant nommé Ilidio Vieira Té Premier ministre et ministre des Finances. Horta N’Tam a exhorté le nouveau gouvernement à « lutter contre la corruption et le trafic de drogue ».
Ce dernier a pris la tête du pays après que des militaires ont annoncé, mercredi 26 novembre, avoir renversé le président Umaro Sissoco Embaló et suspendu les élections présidentielle et législatives du 23 novembre, dont les résultats devaient être annoncés cette semaine. Les auteurs du putsch avaient expliqué vouloir garantir la « sécurité au niveau national et rétablir l’ordre », évoquant la découverte par les « renseignements généraux » d’un « plan visant à déstabiliser le pays avec l’implication des barons nationaux de la drogue ». Des opposants et des experts soupçonnent néanmoins Umaro Sissoco Embaló, au pouvoir depuis 2020, d’avoir orchestré lui-même son renversement afin d’arrêter le processus électoral.
Un coup d’État « factice » selon Goodluck Jonathan
Brièvement arrêté par les militaires mercredi, puis parti au Sénégal jeudi dans un vol affrété par le gouvernement sénégalais, ce dernier est arrivé à Brazzaville dans la nuit de vendredi à samedi. Umaro Sissoco Embaló, accompagné d’une douzaine de personnes – sa famille et ses proches collaborateurs -, a pris ses quartiers dans un grand hôtel de la capitale congolaise.
La prise de pouvoir par les militaires a été largement critiquée, notamment par le secrétaire général de l’ONU António Guterres qui a dénoncé une « violation des principes démocratiques ». La Cedeao a suspendu la Guinée-Bissau de « tous ses organes décisionnels », tout comme l’Union africaine.
Samedi, le président du Conseil des Sages et ancien chef d’État du Nigeria, Goodluck Jonathan, qui faisait partie des observateurs des scrutins du 23 novembre, a à nouveau affirmé que le coup d’État était selon lui « factice ». « C’est une cérémonie mise en scène par le chef de l’Etat [Umaro Sissoco Embaló] lui-même, a-t-il accusé. Nous sommes fatigués de tout cela en Afrique…. »
Dans la capitale bissau-guinéenne, le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), la puissante et historique formation d’opposition, a dénoncé l’«envahissement » de son siège samedi matin dans la capitale et des « dégradations » par des « miliciens armés ». Le chef du parti et principal opposant, Domingos Simões Pereira – dirigeant du PAIGC, parti ayant mené la Guinée-Bissau à l’indépendance en 1974 – a été arrêté dans la foulée du coup de force et reste détenu. Il avait été écarté de la présidentielle du 23 novembre et avait ensuite soutenu le candidat d’opposition Fernando Dias, devenu le principal adversaire du président sortant lors du scrutin.
Ce dernier affirme avoir réchappé à une tentative d’arrestation et dit se trouver dans un « lieu sûr ».
AFP