Vladimir Poutine est attendu jeudi 4 décembre à New Delhi pour une visite officielle de 48 heures. Ce rendez-vous diplomatique sensible pour le président russe dans un contexte international toujours dominé par la guerre en Ukraine. Pour l’Inde, cette rencontre annuelle permet de réaffirmer un partenariat stratégique avec la Russie. Malgré les pressions occidentales, Moscou demeure le principal fournisseur d’armements du pays, l’establishment militaire suivant donc de près cette visite.
Cette visite doit permettre la négociation de plusieurs contrats d’armement, mais également déboucher sur la signature d’accords commerciaux. Entre l’Inde et la Russie, il y a une très longue tradition militaire : une relation qui est passée du simple duo fournisseur-acheteur à de véritables co-entreprises. Le meilleur symbole est le missile BrahMos, né d’un partenariat indo-russe dont le nom combine d’ailleurs deux rivières emblématiques, le Brahmapoutre et la Moskova, rappelle notre correspondant à New Delhi, Abdoollah Earally.
Mais pour l’Inde, la Russie n’est plus un allié exclusif, rappelle Dushyant Singh, ancien lieutenant-général de l’armée indienne : « L’Inde suit une ligne constante d’autonomie stratégique. Nous voulons préserver la liberté de dialoguer avec tous les partenaires, en fonction de nos seuls intérêts souverains. »
Dushyant Singh dirige aujourd’hui le Center for Land Warfare Studies, un think tank associé à l’armée indienne. Selon lui, le cœur de la relation russo-indienne reste avant tout militaire. New Delhi s’intéresse au système de défense S-500 et au développement du chasseur furtif de sixième génération, le Soukhoï Su-57. « Ce sont des domaines dans lesquels les deux pays peuvent aller plus loin avec une forme de transfert de technologies. Même dans le cas du Su-57, je pense que des discussions auraient toujours lieu. Naturellement, la position exacte n’est connue que du gouvernement et de l’Armée de l’Air », explique Dushyant Singh. « Les discussions sont en cours. »
Mais là encore, l’Inde garde ses options ouvertes. Des discussions existent, précise Dushyant Singh, avec d’autres partenaires, dont la France et le Japon, pour un développement commun d’avions de combat de sixième génération.
L’occasion de resserrer les liens avec la Russie
Même si la visite de Vladimir Poutine intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de pressions américaines – pressions qui ont poussé l’Inde à réduire fortement ses achats de pétrole russe – New Delhi y voit malgré tout l’occasion de resserrer ses liens avec Moscou. « Je pense qu’on verra au moins une déclaration d’intention pour approfondir la coopération, que ce soit dans la logistique ou dans les équipements de haute technologie », estime l’ancien lieutenant-général de l’armée indienne.
Aux yeux des militaires indiens, l’Inde joue un rôle de contrepoids face à là Chine, non seulement pour les Occidentaux, mais aussi pour la Russie, qui verrait en New Delhi un moyen d’équilibrer la montée en puissance de la Chine.
Augmenter les échanges commerciaux entre les deux pays d’ici à 2030
L’économie reste également un des points centraux des relations entre Moscou et New Delhi. Car l’Inde est l’un des plus grands importateurs de brut au monde et pour répondre aux besoins de ses 1,4 milliard d’habitants, l’Inde s’est surtout tournée vers le pétrole russe, désormais à prix réduit. Et elle continue de l’acheter, malgré les pressions de Washington, qui accuse New Delhi de financer la guerre en Ukraine. Les importations indiennes de brut représentent aujourd’hui près de 20 % des revenus énergétiques de Moscou.
En échange de cette source de revenus essentielle pour le Kremlin, New Delhi veut développer ses exportations de produits pharmaceutiques, agricoles et textiles, vers la Russie. L’objectif est d’augmenter, les échanges commerciaux entre les deux pays, pour les faire passer de 68 milliards de dollars aujourd’hui, à 100 milliards d’ici à 2030.
Les deux pays devraient également conclure un accord, pour faciliter l’arrivée de travailleurs indiens en Russie. Pourtant, le gouvernement indien s’est indigné en octobre de l’enrôlement forcé de citoyens indiens dans l’armée russe, certains mourant sur le front ukrainien.
rfi