Filtrer les touristes en fonction de leur historique sur les réseaux sociaux. L’idée de Donald Trump promet déjà de faire polémique à l’international
Les États-Unis s’apprêtent à transformer les réseaux sociaux en véritable sas d’entrée pour les touristes étrangers. L’administration Trump prévoit d’imposer un examen beaucoup plus intrusif aux voyageurs bénéficiant du programme d’exemption de visa (ESTA), dont les Français font partie. Plus concrètement, les autorités veulent rendre obligatoire la transmission de l’historique des activités sur les réseaux sociaux des cinq dernières années pour toute demande d’autorisation électronique de voyage.
Il va falloir montrer son historique complet avant de voyager aux États-Unis
La mesure viserait les ressortissants de 42 pays pouvant aujourd’hui se rendre aux États-Unis sans visa via une demande d’ESTA, comme la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon ou l’Australie. Publié au Federal Register, le texte doit entrer en vigueur dans un délai de soixante jours, sauf s’il est suspendu ou retoqué par la justice après d’éventuels recours.
Au‑delà des comptes sociaux, le Department of Homeland Security et les services des douanes (CBP) veulent augmenter la quantité de données collectées en vue d’une entrée temporaire sur le territoire. Les nouveaux champs prévus incluent les numéros de téléphone utilisés au cours des cinq dernières années, les adresses e‑mail employées au cours des dix dernières années, ainsi que de nombreuses informations sur les membres de la famille : noms, dates et lieux de naissance, numéros de téléphone et adresses de résidence.
Le texte officiel justifie la collecte de ces données pour affiner les profils de risque et croiser les informations avec d’autres bases. L’examen des réseaux sociaux n’est pas totalement nouveau, pusiqu’une vérification optionnelle des comptes existait déjà depuis plusieurs années. Le changement réside ici dans le caractère obligatoire de la démarche, sous peine de voir sa demande d’ESTA refusée.
Décourager les touristes
Officiellement, la réforme s’inscrit dans un contexte de durcissement sécuritaire, à l’approche de la Coupe du monde de football 2026 coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, qui doit drainer des centaines de milliers de supporters. L’exécutif met en avant la nécessité de détecter plus finement les signaux faibles de radicalisation ou de préparation d’actions violentes, en exploitant l’empreinte numérique laissée sur X, Instagram, TikTok ou Facebook. Le timing n’est toutefois pas neutre : le tourisme international vers les États-Unis recule, et ce avant même la mise en œuvre de ce nouveau tour de vis. La US Travel Association anticipe une baisse d’environ 6,3% des arrivées de touristes étrangers en 2025 par rapport à 2024, soit le premier repli depuis la pandémie, sur fond de tensions commerciales et de crispations politiques.
En pratique, l’examen obligatoire des réseaux sociaux risque d’ajouter une couche de friction : certains voyageurs pourraient purement et simplement renoncer à un séjour, soit par souci de confidentialité, soit par peur de voir de vieux posts retoqués au moment du contrôle.
En Europe, le texte ne passe pas
Pour les défenseurs des libertés numériques, le projet pose des questions lourdes : jusqu’où un État peut‑il conditionner l’entrée sur son territoire à la fouille de la vie en ligne de visiteurs qui ne sont pas ses citoyens ? En Europe, le texte fait grincer des dents, car il s’oppose frontalement aux textes du vieux continent, qui fait de la vie privée l’un de ses chevaux de bataille.
LEMONDE