Sabotages, drones, tentatives d’assassinat… En 2025, la “guerre hybride” russe a saturé l’actualité européenne tout en ralentissant. Pause tactique ou changement de méthode avant 2026 ?
Vladimir Ossetchkine préparait tranquillement le dîner pour sa femme et ses enfants à Biarritz quand soudain, il a aperçu un petit point rouge qui se dirigeait vers lui. Immédiatement, cet opposant notoire à Vladimir Poutine s’est jeté à terre et a réussi ainsi à échapper à une tentative d’assassinat le 12 septembre 2025.
Un mois plus tard, quatre hommes, résidant tous en France, sont interpellés et mis en examen pour avoir tenté de tuer Vladimir Ossetchkine, réfugié en France depuis dix ans.
Guerre hybride partout
Ont-ils agi sur ordre russe ? Difficile de ne pas au moins l’envisager. Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, une partie des individus interpellés avaient des origines du Daghestan, une république russe du Nord-Caucase. Depuis le début en 2022 de la guerre d’invasion en Ukraine, la Russie est accusée d’avoir entrepris une vaste campagne d’opérations hybrides en Europe, y compris plusieurs tentatives d’assassinat.
Des assassins à la solde de Moscou sont ainsi soupçonnés d’avoir tenté de tuer le PDG du fabricant allemand d’armes Rheinmetall en 2024. Idem pour six Bulgares condamnés en mai 2025 au Royaume-Uni pour avoir planifié le kidnapping et l’assassinat du journaliste d’investigation bulgare Christo Grozev. Ils sont soupçonnés d’avoir agi sur ordre du FSB, le service russe de renseignement intérieur.
Dans tous ces cas, y compris l’attaque de Biarritz, difficile de remonter jusqu’à Moscou. C’est l’une des caractéristiques principales de la guerre hybride : « Ces opérations doivent permettre à leurs auteurs de nier toute implication », assure Bart Schuurman, spécialiste de violence politique à l’université de Leiden où il travaille sur un projet pour cataloguer toutes les opérations de guerre hybride en Europe.
L’ombre de cette guerre hybride semble avoir été omniprésente dans les médias en 2025. Les incursions de drones dans des pays d’Europe du Nord, les tentatives d’assassinat, des actes de sabotage contre le réseau ferroviaire polonais ou encore les têtes de cochons déposés devant des mosquées à Paris en septembre : chacun de ces incidents, tous différents dans leur nature, est placé dans le grand sac de la guerre hybride.
Un concept fourre-tout ? Dans le cadre du conflit ukrainien, « il s’agit de l’ensemble des moyens irréguliers ou secrets mobilisés par la Russie pour soutenir son effort de guerre conventionnelle en Ukraine », définit Bart Schuurman.
Sabotages, opérations d’influence, cyber-attaques, vandalisme : « Ces efforts servent avant tout à saper le soutien européen à l’Ukraine, car au final si l’Ukraine est isolée, cela va aider l’armée russe sur le front », précise cet expert.
Ainsi, lorsque le patron de Rheinmetall – consortium qui fournit de l’équipement militaire à l’Ukraine – est menacé, c’est une manière de souligner qu’il y a un prix à payer pour le soutien apporté à Kiev.
Moins d’opérations russes recensées en 2025
Ironiquement, alors que le concept s’est répandu comme une traînée de poudre médiatique à travers l’Europe cette année, « 2025 a connu une baisse d’intensité de la guerre hybride », affirme Bart Schuurman.
« Si on ne tient pas compte des incursions de drones, encore difficiles à relier toutes à la Russie, il y a eu moitié moins d’opérations hybrides en 2025 », a comptabilisé ce spécialiste.
La raison tient à la dynamique de la guerre hybride russe : « Au début, les Russes pensaient pouvoir vaincre rapidement les Ukrainiens, et c’est seulement lorsque le conflit a commencé à s’enliser que les opérations hybrides ont gagné en ampleur pour culminer en 2024. Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, a poussé la Russie à miser davantage sur la négociation que sur la guerre hybride », explique Bart Schuurman.
Les services de renseignement européens sont également devenus plus efficaces », ajoute-t-il. Ainsi, l’Allemagne a arrêté, en mai 2025, trois Ukrainiens accusés d’avoir tenté pour le compte de Moscou d’expédier des paquets explosifs. Un an plus tôt, une opération similaire avait débouché sur plusieurs explosions dans des hangars du transporteur DHL.
C’est pourquoi, d’après les experts, l’avenir de la guerre hybride russe dépend en grande partie des négociations en cours entre la Russie et les États-Unis. « Si la Russie n’obtient pas ce qu’elle veut, il y aura probablement une recrudescence de ces opérations », prévoit Bart Schuurman.
Des risques accrues pour 2026
La tentation américaine de se désengager plus généralement d’Europe peut aussi avoir un impact sur la guerre hybride. « Si l’Europe se retrouve seule, la Russie va vouloir ‘tester’ davantage ces pays pour évaluer à quel point ils constituent un adversaire sérieux », estime Bart Schuurman.
Ces opérations risquent aussi, d’après lui, d’être peut-être moins nombreuses mais plus virulentes.
Des coups d’éclat pour tester la détermination des Européens qui risque de perdurer même si Vladimir Poutine obtient ce qu’il veut en Ukraine. En menant une guerre hybride, l’objectif russe n’est pas seulement de saper le soutien à l’Ukraine. Moscou cherche aussi à « diviser davantage les sociétés occidentales », souligne Bart Schuurman.
Notamment en tentant d’influencer les élections en faveur des extrêmes. La France pourrait en faire les frais avec deux scrutins cruciaux à venir : les municipales en 2026 et la présidentielle en 2027.
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