Le nombre de demandes d’asile dans les pays de l’Union européenne a continué à diminuer en 2025, poursuivant ainsi la tendance à la baisse observée depuis 2024. Toutefois, la guerre au Soudan et l’instabilité au Sahel alimentent de nouveaux mouvements migratoires, notamment vers l’Europe. Tour d’horizon de l’actualité migratoire de 2025 en images.
1/ L’émergence de la route migratoire Libye-Crète

Les îles grecques de Crète et de Gavdos, en Méditerranée orientale, sont devenues d’importants points d’arrivées pour des canots partis de l’est de la Libye. Si cette route migratoire a commencé à se dessiner dès 2024, le nombre des personnes qui l’empruntent a considérablement progressé en 2025, avec plus de 18 000 personnes mi-décembre, selon le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés, contre environ 5 100 pour toute l’année 2024, selon l’ONG Refugee Support Aegean.
La plupart des migrants sont des ressortissants d’Égypte, du Soudan et du Bangladesh. Faute d’installations d’accueil adéquates, ces îles ont rapidement été débordées par les arrivées.
Pour enrayer cette nouvelle route, Athènes a, cet été, temporairement suspendu les demandes d’asile pour les personnes arrivant en Crète par bateau depuis l’Afrique du Nord. Les enregistrements des dossiers a toutefois repris mi-octobre. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) et le Conseil de l’Europe avaient critiqué cette mesure, dénonçant une violation du droit international.
2/ Méditerranée occidentale : des migrants partent d’Algérie vers les îles Baléares

Alors que l’archipel des Canaries a connu une baisse de près de 60% des arrivées de migrants en 2025, les Baléares sont devenues un point d’entrée plus important vers l’Espagne. Pour atteindre cet archipel, les migrants embarquent dans des canots depuis la côte algérienne.
Les ressortissants algériens constituent la grande majorité des arrivées sur cette route méditerranéenne occidentale mais de plus en plus de migrants subsahariens empruntent également cette route.
Près de 3 000 personnes sont arrivées sur les îles Baléares au cours des six premiers mois de 2025, soit trois fois plus qu’au cours de la même période en 2024. Depuis le début de l’année, 7 200 personnes sont arrivées, selon les données du HCR. Selon l’ONG Caminando Fronteras, 1 037 personnes parties d’Algérie vers les Baléares ont perdu la vie cette année. Elles étaient moitié moins (517) en 2024.
3/ De nombreux Syriens retournent en Syrie

Après la chute du régime de Bachar al-Assad le 8 décembre 2024, la situation en Syrie a rapidement évolué avec la mise en place d’un gouvernement de transition et la levée des sanctions internationales. Le nombre de Syriens demandant l’asile au sein de l’UE+ (Union européenne plus la Norvège et la Suisse) a considérablement diminué, passant de 16 000 en octobre 2024 à 3 500 en septembre 2025.
En décembre 2025, environ 1,2 million de Syriens réfugiés à l’étranger étaient rentrés dans leur pays et 1,9 million de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie étaient retournées dans leur région, selon le HCR. Mais la plupart de ces retours ont été effectués depuis les pays voisins de la Syrie, pas de l’Union européenne. Le manque de services de base, d’opportunités d’emploi, et les préoccupations liées à la sécurité restent pour beaucoup un obstacle majeur au retour.
Dans le même temps, dans de nombreux pays de l’UE, les gouvernements veulent inciter les Syriens à rentrer dans leur pays. Une véritable crainte pour des milliers de Syriens établis en Europe, qui s’inquiètent de perdre leur statut de protection ou d’être forcés à retourner en Syrie.
4/ Au Soudan, la pire crise de déplacement au monde

Le conflit meurtrier au Soudan continue de ravager le pays : près de 13 millions de personnes ont été déplacées à ce jour, dont près de neuf millions à l’intérieur du pays et quatre millions à l’étranger, principalement dans les États voisins du Soudan. L’ONU qualifie cette situation de « plus grande crise humanitaire au monde » et de « plus grande crise de déplacement interne au monde ».
Le siège suivi de la chute de la ville d’El-Fasher en octobre tombée aux mains des forces paramilitaires des FSR, qui luttent contre l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane pour le contrôle du pays, a coûté la vie à des milliers de civils et affamé la population.
L’Organisation internationale des migrations (OIM) a averti mi-novembre que « les opérations humanitaires sont désormais au bord de l’effondrement ».
Si la plupart des réfugiés soudanais se trouvent dans les pays voisins, les tentatives pour rejoindre l’Europe ont augmenté : en septembre 2025, 2 100 demandes de protection ont émané de ressortissants soudanais, soit une augmentation de 147 % par rapport à la même période en 2024. C’est en Grèce que les arrivées ont été les plus importantes. Selon l’EUAA (Agence de l’Union européenne pour l’asile), les demandes soudanaises ont augmenté de 366 % au cours des 12 mois précédant septembre 2025.
5/ Des traversées fatales aux portes de l’Europe

La Méditerranée centrale reste l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde. En 2025, l’OIM a enregistré 1 745 migrants morts ou portés disparus sur toutes les routes en mer Méditerranée, dont 1 190 en Méditerranée centrale sur la route menant du nord de l’Afrique vers l’Italie.
Dans cette zone, les naufrages sont fréquents. Le 28 octobre, un naufrage au large de la Libye, près de Sorman, a fait 18 morts, tandis qu’au moins 64 personnes ont été secourues.
Au large de la Tunisie aussi, les drames perdurent. Quarante migrants originaires d’Afrique subsaharienne, dont des nourrissons, sont morts en mer le 22 octobre au large des côtes tunisiennes alors qu’ils tentaient de rejoindre les côtes européennes.
Et le nombre réel de victimes est probablement beaucoup plus élevé. De nombreuses embarcations disparaissent sans laisser de traces, ces « naufrages invisibles » qui ne sont pas répertoriés dans les chiffres officiels.
6/ L’Allemagne renforce ses contrôles à la frontière et refuse l’entrée à des demandeurs d’asile

L’Allemagne a maintenu les contrôles à toutes ses frontières terrestres en 2025, y compris après l’arrivée du nouveau gouvernement au mois de mai.
Concrètement, les policiers sont autorisés à refouler les demandeurs d’asile à la frontière. Début décembre, le chancelier allemand Friedrich Merz a toutefois annoncé prévoir l’assouplissement de ces contrôles, notamment après le tour de vis migratoire de l’Union européenne (UE). Avec la nouvelle politique d’asile commune de l’UE, « nous pourrons transférer les contrôles aux frontières extérieures de l’Europe », a récemment déclaré le dirigeant allemand.
7/ L’Union européenne lance le système d’entrée/sortie EES

En octobre, un système d’entrée/sortie (baptisé EES) a été mis en place aux frontières de l’Union européenne (UE), modifiant ainsi les procédures d’entrée pour les ressortissants de pays tiers.
L’EES est un système informatique automatisé qui enregistre le nom de la personne, les données de son document de voyage, ses données biométriques (empreintes digitales et photo) ainsi que la date et le lieu d’entrée et de sortie chaque fois qu’elle franchit les frontières extérieures des 29 pays européens qui utilisent le système. L’EES recense également les refus d’entrée. À compter du 10 avril 2026, l’EES doit remplacer le système actuel qui consiste à tamponner manuellement les passeports.
Ce système s’inscrit dans le cadre des mesures prises par la Commission européenne pour prévenir la migration irrégulière. D’après Bruxelles, il « aide également les ressortissants de pays tiers à voyager plus facilement tout en permettant d’identifier plus efficacement les personnes en situation irrégulière ainsi que les cas de fraude administratifs et d’usurpation d’identité ».
8/ L’Allemagne suspend la plupart des programmes de réinstallation, dont celui pour les Afghans

Lors de son entrée en fonction en mai, le nouveau gouvernement allemand du chancelier Friedrich Merz a annoncé qu’il mettra fin « dans la mesure du possible » aux programmes de réinstallation humanitaire, comme celui de l’UE.
Une décision qui impacte les programmes d’admission destinés aux Afghans, mis en place par les gouvernements précédents après la prise du pouvoir de Kaboul par les Taliban en 2021. Ces programmes permettait à des Afghans qui ont travaillé pour l’armée ou des organisations allemandes, d’obtenir une résidence permanente en Allemagne pour des raisons humanitaires.
Lorsque ces programmes ont été gelés, plus de 2 000 Afghans bloqués au Pakistan se sont retrouvés dans l’incertitude. L’opposition politique et les groupes de défense des droits humains ont critiqué le gouvernement allemand pour avoir manqué à ses responsabilités et laissé les Afghans vulnérables exposés au risque d’être expulsés par les autorités pakistanaises vers l’Afghanistan.
Après de longs débats et des procédures judiciaires, plusieurs groupes ont été autorisés à venir en Allemagne ces derniers mois. Environ 1 300 à 1 800 personnes se trouvaient encore au Pakistan à la mi-décembre.
9/ Sénégal, Mauritanie : des patrouilles renforcées sur le littoral ouest-africain

La forte baisse du nombre d’arrivées par la route atlantique sur les îles Canaries est attribuée au renforcement de la surveillance des frontières au Sénégal et en Mauritanie dans le cadre d’accords bilatéraux avec l’Espagne et de partenariats migratoires avec l’UE, qui prévoient tous deux le renforcement des contrôles aux frontières et la lutte contre le trafic d’êtres humains.
Les autorités mauritaniennes ont déclaré avoir intercepté plus de 30 000 migrants entre janvier et avril 2025, et une campagne d’expulsion a conduit à l’arrestation et à l’expulsion de migrants subsahariens, en particulier vers la ville de Rosso à la frontière sénégalaise.
Face à ces politiques répressives, les passeurs ont adapté leurs itinéraires, les départs ayant désormais lieu plus au sud, depuis la Guinée et la Gambie.
Selon l’ONG Caminando Fronteras, 1 906 personnes sont mortes ou disparues en 2025. La grande majorité étaient partis de Mauritanie. L’an dernier, Caminando Fronteras décomptait 9 757 décédés ou disparus sur cette route (soit la quasi-totalité des décès en mer vers l’Espagne cette année-là).
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