L’importance de disputer des matchs significatifs

Le Centre Bell a vibré comme il ne l’avait pas fait depuis longtemps en troisième période, samedi soir. Il y a deux mois à peine, on se consolait à l’idée d’un autre choix dans le top 10 du repêchage.

Mais avec une fiche de 21-11-3 depuis la mi-décembre, non seulement le Canadien dispute encore des matchs significatifs avec seulement 16 rencontres à faire en saison régulière, il pourrait même participer aux séries éliminatoires.

Peu de partisans se plaindront de voir l’organisation se retrouver pour l’heure avec les 17e et 18e choix au repêchage puisque ce groupe, le plus jeune de la LNH après les Sabres de Buffalo, acquiert une expérience inestimable pour la suite.

Mais attention. Au risque de passer pour un rabat-joie : défier la logique, participer à une course aux séries éliminatoires ou même y accéder ne signifie pas pour autant que la reconstruction est terminée et que la saison suivante sera meilleure. Voici cinq exemples récents.

2024
Les Flyers de Philadelphie, 26es au classement général en 2022-2023, vendeurs à la date limite des échanges lors des deux saisons précédentes, luttent jusqu’à la toute fin de la saison pour une place en séries éliminatoires le printemps dernier, en vertu d’une fiche de 38-33-11. Ils terminent la saison à quatre points seulement de réaliser l’improbable.

Ils n’ont jamais été dans le coup cette année malgré l’arrivée de la recrue Matvei Michkov et ils se classent 15es et avant-derniers dans l’Est, 27es au classement général. Deux des cinq premiers compteurs de l’an dernier, Joel Farabee et Morgan Frost, ont été échangés récemment aux Flames de Calgary pour des atouts futurs. Les jeunes Owen Tippett et Cam York ont régressé.

Les Red Wings de Detroit ont raté les séries par un poil l’an dernier, après sept saisons dans la cave du classement général. Ils ont terminé à égalité au classement avec les Capitals de Washington, avec 91 points et une fiche de 41-32-9, mais les Capitals ont accédé aux séries en remportant plus de matchs en temps réglementaire.

Les Wings n’ont pas encaissé de grande perte par rapport à la saison précédente, sinon le défenseur Shayne Gostisbehere, et ils ont greffé deux jeunes au groupe, Marco Kasper et Simon Edvinsson, mais ils ont régressé légèrement cette année. Ils sont toujours dans la course pour une place en séries éliminatoires, mais ils termineront la saison avec quelques victoires de moins que la saison précédente.

2023
Les Sabres de Buffalo semblaient enfin avoir pris leur envol il y a deux ans avec une fiche de 42-33-7, pour 91 points, à un maigre point d’accéder aux séries éliminatoires. Mais un de ces précieux points leur a été arraché en fin de saison par un surprenant but de Michael Pezzetta en tirs de barrage, ce qui a permis aux Panthers de la Floride non seulement de participer aux éliminatoires, mais aussi d’accéder à la finale.

Ce but de Pezzetta en grande pompe a aussi privé le CH d’un choix dans le top 15 cette année-là.

Avec le même noyau ou presque, c’est pourtant la débandade depuis deux ans à Buffalo. Ils ont obtenu six points de moins l’an dernier par rapport à cette saison encourageante en 2022-2023 et occupent le dernier rang dans l’Est, le 29e rang au classement général, cet hiver.

Le Kraken de Seattle n’était pas en reconstruction en 2022-2023 puisque le club a pris naissance un an plus tôt, mais il a causé une surprise de taille à sa deuxième saison seulement dans la Ligue en amassant 100 points et en se permettant même d’éliminer l’Avalanche du Colorado, champion en titre, au premier tour éliminatoire. Depuis, le Kraken a plongé au 25e rang du classement général l’an dernier et il occupe le 28e rang cette saison.

Après une désastreuse 28e place au classement général, avec seulement 27 victoires et 63 points, les jeunes Devils du New Jersey ont surpris il y a deux ans avec une extraordinaire saison de 112 points. Ils ont même éliminé les Rangers de New York au premier tour. Ils ont replongé dans le marasme l’an dernier avec une fiche de 38-39-5 et une 23e place au classement général.

Les choses se replacent cette saison avec une fiche de 36-26-6 et une troisième place dans la division Métropolitaine, mais la perte de Jack Hughes et de Dougie Hamilton annonce des séries éliminatoires compliquées.

Le pessimisme ne doit pas s’emparer du partisan du Canadien pour autant.

Sa situation actuelle diffère de celle des Flyers, des Red Wings et du Kraken. Ces clubs étaient en effet tirés par des joueurs plus âgés et n’avaient pas amassé suffisamment d’actifs au repêchage pour assurer leur pérennité.

Le meilleur compteur des Flyers l’an dernier, Travis Konecny, avait 27 ans.

Owen Tippett et Joel Farabee avaient dépassé les attentes, mais ils n’avaient pas récolté 55 points non plus. Le défenseur Travis Sanheim avait connu une saison anormalement formidable offensivement. Les Flyers avaient l’une des pires attaques de la ligue, mais ils devaient leurs succès à une éthique de travail exemplaire sous un entraîneur autoritaire et exigeant, John Tortorella.

Il y avait très peu d’espoirs en banque, si ce n’est Matvei Michkov, et Cutter Gauthier venait d’être échangé à contrecœur pour le défenseur Jamie Drysdale.

Même s’ils étaient en reconstruction depuis quelques années, les Red Wings avaient, et ont toujours, un vieux club.

À l’exception de deux jeunes sensationnels, Lucas Raymond et Moritz Seider, les leaders avaient 28 ans ou plus : les Larkin, Kane, Gostisbehere, Compher, Kane, Copp, Chiarot, Petry, Lyon, Husso et compagnie. En bref, l’expérience précieuse de la saison dernière a servi à seulement deux joueurs appartenant au noyau d’avenir de l’équipe.

On pourrait dire la même chose du Kraken, mené il y a deux ans par des vétérans rejetés par leurs clubs respectifs lors du repêchage de l’élargissement des cadres.

Il y avait seulement deux jeunes de moins de 25 ans dans la formation régulière en 2022-2023 : le deuxième choix au total de 2021, Matthew Beniers, surprenant avec une première saison de 57 points, et Eeli Tolvanen, obtenu au ballottage en seconde moitié de saison.

Il y avait déjà beaucoup de jeunes dans la formation des Sabres il y a deux ans.

Tage Thompson a connu la meilleure saison de sa jeune carrière à 25 ans avec 94 points, dont 47 buts. Ce fut l’année de la grande éclosion pour le défenseur Rasmus Dahlin, avec 73 points. Dylan Cozens a amassé 68 points, dont 31 buts, à seulement 22 ans. Casey Mittelstadt, Jack Quinn, Owen Power, J.J. Peterka, Peyton Krebs, Henri Jokiharju, Mattias Samuelsson et Ukko-Pekka Luukkonen étaient déjà tous dans la formation même s’ils n’avaient pas encore atteint le quart de siècle. Mais essayez donc de comprendre cette organisation…

Les Devils étaient jeunes eux aussi, menés entre autres par les Jack Hughes, Nico Hischier, Jesper Bratt et Dawson Mercer, mais ils se sont redressés cette année après une saison décevante l’an dernier. Il y a parfois des baisses de régime d’une année à l’autre avec ces clubs en reconstruction.

Contrairement aux Flyers, aux Red Wings et au Kraken, donc, le Canadien est mené par ses jeunes, bien appuyés par de bons vétérans.

La moyenne d’âge des quatre premiers compteurs de l’équipe, Nick Suzuki, Cole Caufield, Lane Hutson et Juraj Slafkovsky, se situe à seulement 22,5 ans. Hutson vient de fêter ses 21 ans, Slafkovsky ne les a pas encore. Alex Newhook semble vivre une certaine renaissance au centre du deuxième trio, à 24 ans. Kaiden Guhle, un pilier en défense au moment de sa blessure, a seulement 23 ans.

Mais aussi, surtout, il y a encore de bons espoirs en banque : Ivan Demidov et David Reinbacher, deux cinquièmes choix au total ; Michael Hage, un choix de premier tour ; le gardien Jacob Fowler, fumant dans la NCAA. Et ces choix au repêchage à utiliser, même si moins alléchants aujourd’hui : deux choix de premier tour et deux au second tour cette année, un choix de premier tour et deux de deuxième tour en 2026.

lapresse

You may like