Plus d’une centaine de traitements sont jugés plus dangereux qu’efficaces par la revue médicale, qui appelle à les éviter à tout prix.
Un médicament contre la toux, un autre contre les bouffées de chaleur liées à la ménopause… Comme chaque année, la revue médicale Prescrire a épinglé, lundi 1er décembre dans son bilan(Nouvelle fenêtre), des traitements jugés plus dangereux qu’efficaces et appelle à les éviter à tout prix. Plus d’une centaine de traitements sont déclarés comme « à éviter » par Prescrire, un acteur unique dans le monde médical pour son indépendance revendiquée par rapport au secteur pharmaceutique.
Certains sont mis à l’index de longue date, comme l’emblématique Smecta, présent dans de nombreuses armoires à pharmacie contre les diarrhées mais jugé largement inefficace par la revue et potentiellement toxique par la présence de plomb dans sa composition. Cette année, quatre traitements font leur entrée dans la liste, couvrant un large champ, de la gynécologie à la pneumologie. Ils « exposent à des effets indésirables disproportionnés au regard d’une absence de démonstration d’efficacité clinique, d’une efficacité incertaine ou trop modeste par rapport à un placebo », résume la revue.
Le fézolinétant ou géfapixant dans le viseur
L’un de ces médicaments n’est pas disponible en France et, en tout état de cause, peu susceptible d’intégrer le quotidien des malades. Il s’agit de l’andexanet alfa, de l’américain Alexion, destiné à répondre en urgence à des hémorragies graves à l’hôpital, mais lui-même soupçonné de pouvoir provoquer de lourds problèmes cardiovasculaires.
Mais les trois autres traitements ont vocation à être pris régulièrement par certains patients, car ils répondent à différentes affections chroniques.
Signe que leur intérêt n’avait déjà guère convaincu les autorités sanitaires, aucun n’est remboursé en France. Premier de ces médicaments : le fézolinétant, commercialisé sous le nom Veoza par le laboratoire néerlandais Astellas. Il vise à éviter les bouffées de chaleur aux femmes ménopausées et, contrairement à la majorité des médicaments dans ce domaine, ne fonctionne pas à base d’hormones. Mais, selon Prescrire, il peut donner lieu, chez certaines femmes, à de graves hépatites. Un risque qui ne justifierait pas d’utiliser ce médicament tout juste arrivé dans l’arsenal des gynécologues.
Des spécialistes se montrent partagés sur les choix de « Prescrire »
Autre médicament récemment arrivé sur le marché et autre faux espoir, selon Prescrire : le géfapixant (Lyfnua), commercialisé par l’Américain Merck et destiné à des patients atteints de toux chronique et réfractaire. Mais il cause fréquemment des troubles du goût, pointe la revue, évoquant aussi des craintes sur des risques de pneumonie.
Dernier traitement ajouté à la liste, la chondroïtine, notamment vendue sous le nom Chondrosulf par le Suisse Ibsa, cible une pathologie douloureuse et largement répandue : l’arthrose. Mais Prescrire souligne que son efficacité n’a jamais réellement été prouvée, alors qu’il peut, dans de rares cas, causer de graves réactions allergiques.
Interrogés par l’AFP, des spécialistes se montrent partagés sur les choix de Prescrire. Certains saluent l’indépendance de la revue, mais jugent parfois trop radicale une exclusion de médicaments susceptibles de soulager des affections pénibles pour lesquelles peu d’alternatives existent.
franceinfo