En expansion continue depuis plus d’un siècle, la forêt couvre aujourd’hui près d’un tiers du territoire hexagonal. Avec le changement climatique, les arbres sont de plus en plus fragilisés (dépérissement, épidémies, tempêtes, incendies…). L’Homme peut-il aider la forêt à s’adapter dans ce contexte d’aléas météorologiques plus fréquents et plus intenses ? Premiers éléments de réponse.
Depuis l’aube de l’humanité, la forêt répond à nos besoins – économiques, écologiques, sociaux. Ses contributions sont mesurables, concrètes, et irremplaçables. Mais elles sont aujourd’hui menacées par le changement climatique. Incendies, tempêtes, crises sanitaires, les aléas s’accumulent et les dépérissements augmentent. Cela affaiblit l’un des grands leviers naturels dont nous disposons pour atténuer les effets du changement climatique, via la captation du carbone opéré par les arbres lors de la photosynthèse. Relever ce défi nécessite une mobilisation collective, à grande échelle et sur le temps long.
Changement climatique et captation de CO2
Avec le changement climatique, la mortalité des arbres augmente et la capacité de stockage de CO2 des forêts diminue. C’est pourquoi, si l’Homme veut maintenir le rôle de pompe à carbone des forêts, il est important d’agir.
Selon l’Inventaire forestier national, « le stock de carbone en forêt évolue continuellement en fonction de l’intensité des flux de bois entrants (production) et sortants (mortalité, prélèvements). Ainsi, lorsque le bilan des flux est positif, le stock de carbone en forêt s’accroit, réduisant la quantité de CO2 de l’atmosphère. Les forêts ont alors la capacite d’atténuer l’effet de serre. A l’inverse, si le bilan est négatif, le stock diminue et les forets contribuent à l’augmenter. ». Toujours selon l’Inventaire forestier national, sa capacité d’absorption a chuté de 62 %, passant de 83 à 31 millions de tonnes de CO₂ par an1. Cette baisse s’explique par une diminution de l’accroissement naturel de la forêt et une mortalité en hausse de près de 80 %2, sous l’effet des sécheresses, des attaques de parasites ou des tempêtes.
Le risque incendie s’intensifie également : d’après l’EFFIS (European Forest Fire Information System), l’été 2025 a vu environ 35 600 hectares brûler3, soit plus de trois fois la moyenne observée au cours de la dernière décennie. Autant de facteurs qui affaiblissent durablement la capacité des forêts à absorber du carbone.
Un travail de prospective pour mieux agir
Un travail de réflexion auquel la filière forêt-bois s’est attelée en 2023, avec la réalisation d’une vaste étude prospective conduite par le cabinet Carbone 4, fondé par Jean-Marc Jancovici. Le scénario révélé par l’étude, qui vise à optimiser le rôle de la forêt et du bois dans la séquestration de carbone et la décarbonation de l’économie française, s’appuie sur 3 préconisations :
Accompagner la forêt pour s’adapter aux conséquences du changement climatique
Augmenter l’usage du bois, dans la construction par exemple. Le carbone reste ainsi stocké dans les produits bois
Renforcer la compétitivité de la filière
Véritables nécessités écologiques, ces actions sont parfois vues comme un caprice industriel. Or, elles sont vitales pour les écosystèmes. Face à l’urgence, le renouvellement forestier n’est pas une réponse ponctuelle. Il se déploie sur des générations, au cœur d’une stratégie globale, adossée à une filière structurée, qui investit déjà pour s’adapter, elle aussi, à la nouvelle donne climatique.
Miser sur le temps long
Adapter les forêts françaises ne pourra être fait que de manière active, en poursuivant et en amplifiant les actions de renouvellement forestier déjà engagées, pour en mesurer les effets à partir de 2060-2080.
Dans un monde où tout accélère, nos forestiers sont de véritables artisans du temps long. Leur mission est œuvre de patience – sachons la leur accorder. Nos forêts sont un pilier de la transition écologique. C’est toute une chaîne humaine qui, des propriétaires aux industriels, en passant par les gestionnaires, artisans, bûcherons, scieurs ou ingénieurs, agit, chaque jour, pour protéger, pérenniser et valoriser plus qu’un inestimable patrimoine : un investissement pour notre futur commun.
Les forêts sont un pilier de la transition écologique. En complément de millions de propriétaires, plus de 418 000 femmes et hommes gestionnaires, artisans, bûcherons, scieurs, industriels ou ingénieurs, agissent chaque jour, pour protéger, pérenniser et valoriser plus qu’un inestimable patrimoine : un investissement pour notre futur commun.
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