L’Espagne renforce l’aide au retour « volontaire » des migrants arrivant du Maroc

Soumise à une forte pression migratoire sur ses frontières terrestres et maritimes, l’Espagne a annoncé investir plus de 600 000 euros dans des projets d’aide au retour « volontaire » ainsi que le renforcement de la gestion de ses frontières, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations. Une large partie de ces fonds concerne les migrants bloqués au Maroc, principal pays de transit vers l’Europe pour des milliers d’exilés subsahariens.

Le gouvernement central espagnol a approuvé, début décembre, une contribution globale de 646 535 euros afin de réguler l’immigration sur son territoire national, alors que le pays connait un important flux migratoire sur ces côtes.

Cet investissement doit permettre de financer des projets d’aide au retour « volontaire », de réintégration dans les pays d’origine des migrants mais aussi de permettre d’améliorer et renforcer les capacités de l’Espagne dans la gestion de ces frontières.

Cet accord, signé par le Ministre de l’Intérieur espagnol, se fait en collaboration directe avec l’Organisation international pour les migrations (OIM), qui est en charge de la gestion des fonds, indique le Bulletin officiel de l’État daté du 6 décembre. Les actions seront en vigueur jusqu’à fin 2026.

L’Espagne est la porte d’entrée vers l’Europe pour de nombreux candidats à l’exil, majoritairement originaires d’Afrique Subsaharienne ou du Maghreb.

En 2024, l’Espagne a enregistré un total de 63 970 arrivées par voies irrégulières, dont 61 323 par voie maritime, selon les données de l’OIM. Ce qui fait du pays le deuxième d’Europe en terme d’accueil de migrants arrivant sur ses côtes de manière irrégulière, derrière l’Italie.

Aide au retour « volontaire » renforcée
La majeur partie des fonds alloués, soit presque 350 000 euros, est destinée à renforcer le programme d’aide au retour « volontaire », principalement destiné aux migrants vulnérables bloqués au Maroc. Celui-ci existe entre l’Espagne et l’OIM depuis 2005 et a déjà permis d’organiser plus de 20 000 retours volontaires depuis le Maroc. En 2024, l’OIM a facilité 2 196 retours volontaires depuis le territoire marocain.

Des migrants marocains et subsahariens se rassemblent à la frontière de l'enclave espagnole de Ceuta, le 19 mai 2021. Crédit : Jalal Morchidi / EPA

Le Bulletin officiel rapporte que le Maroc est un « goulot d’étranglement migratoire » : de par sa position, le pays est l’un des principaux points de transit vers l’Europe pour des milliers d’aspirants, des Subsahariens et des Maghrébins, à l’émigration en Europe. À cause du renforcement des contrôles aux frontières notamment, les exilés sont nombreux à se retrouver coincés sur ce territoire, sans possibilité de rejoindre l’Europe. Souvent contraints à vivre dans des conditions précaires, ils se retrouvent aussi plus susceptibles d’être exploités.

Le projet financé par l’état espagnol prévoit qu’environ une centaine de ces migrants vulnérables bénéficient d' »un accompagnement individuel, d’évaluations de vulnérabilité, de soins médicaux, d’un hébergement temporaire et d’une aide financière » durant leur séjour au Maroc. L’aide prend également en charge les billets retours et les autorisations nécessaires.

Une fois rentrés dans leur pays d’origine, 70 de ces migrants pourront également obtenir un soutien d’un montant de 1 400 euros pour un adulte – 700 euros pour un mineur – afin de faciliter leur réintégration en les aidant à retrouver une stabilité économique.

Gestion des flux migratoires
En parallèle de ce programme d’aide au retour « volontaire, l’autre moitié du financement étatique est alloué au GEFMES VI, un programme de soutien de l’OIM auprès des autorités espagnoles afin qu’elles améliorent la gestion des flux migratoires en direction du pays.

L’Espagne a adopté ces dernières années une logique sécuritaire pour gérer l’amplification des flux migratoires sur ces côtes ces dernières années. Le pays a également noué plusieurs coopérations avec les pays de transit et de départ comme la Mauritanie, le Sénégal ou encore le Maroc. Depuis 2019, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez a débloqué des dizaines de millions d’euros à destination de Rabat afin de soutenir ce pays dans sa lutte contre l’immigration irrégulière.

Les arrivées de migrants par les façades maritimes espagnoles se font soit par la route de l’Atlantique depuis l’Afrique occidentale à destination des îles des Canaries – principale itinéraire emprunté -, soit par la route de la Méditerranée occidentale, afin de rejoindre les îles Baléares. Pour les arrivées terrestres, les migrants tentent de gagner les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le sol africain.

Ce sont essentiellement les Maliens, Sénégalais ainsi que les Algériens et Marocains qui suivent ces itinéraires.

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