Après la décision des Vingt-Sept lundi de durcir leur politique migratoire, le chancelier allemand Friedrich Merz envisage de mettre fin aux contrôles aux frontières de l’Allemagne, qui étaient en vigueur depuis plusieurs mois. Avec la nouvelle politique d’asile commune de l’UE, « nous pourrons transférer les contrôles aux frontières extérieures de l’Europe », a-t-il déclaré mardi.
En visite à Mayence, dans le sud-ouest de l’Allemagne, mardi 9 décembre, le chancelier allemand Friedrich Merz a annoncé prévoir l’assouplissement des contrôles aux frontières du pays. Une déclaration qui fait suite aux textes proposés par la Commission européenne lundi afin d’encadrer plus strictement les arrivées et les renvois d’exilés dans l’Union européenne (UE).
« Grâce à la politique d’asile commune, nous pourrons transférer les contrôles aux frontières extérieures de l’Europe », a souligné Friedrich Merz devant la presse. Un transfert qui permettra de rétablir « ce que j’ai toujours préconisé, à savoir la création d’un espace sans frontières intérieures au sein de l’Union européenne », a ajouté le chancelier conservateur.
« J’ai toujours considéré les contrôles aux frontières comme une mesure provisoire et à effet limité. […] Si une politique européenne commune en matière d’asile est désormais mise en place dans l’Union européenne, c’est ce que nous avons toujours voulu », a également indiqué le chef du gouvernement.
Pour l’heure, pas de date précise ou davantage de détails sur cette fin des contrôles aux frontières n’ont été communiqués.

Sous pression de la droite et de l’extrême droite, les ministres de l’Intérieur des 27 pays de l’UE ont en effet donné, lundi, leur feu vert à un nouveau durcissement de la politique migratoire européenne. Ils ont notamment validé la création de « hubs de retour » en dehors des frontières de l’UE pour y envoyer les migrants dont la demande d’asile a été rejetée.
Les nouvelles règles permettront aussi de sanctionner plus durement ceux qui refusent de quitter le territoire européen, via des périodes de rétention plus longues, ou encore de renvoyer les demandeurs d’asile vers des pays tiers « sûrs » – mais avec lesquels le demandeur n’a aucun lien. La liste des pays que l’UE considère comme « sûrs » n’est pas encore établie, signale à InfoMigrants Fabienne Keller, eurodéputée Renew au Parlement européen, qui précise que chaque État pourra conclure des accords bilatéraux de réadmission.
Ces mesures doivent encore passer devant le Parlement en mars 2026 pour être adoptées.
Refoulements aux frontières allemandes
En septembre 2024, Berlin avait déjà instauré des contrôles sur toutes les frontières allemandes pour lutter contre l’immigration irrégulière. Puis le 7 mai dernier, quelques heures après l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, le ministre allemand de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, avait à son tour renforcé ces contrôles. Concrètement, le ministre avait ordonné à la police des frontières de refouler les demandeurs d’asile sans-papiers, « sauf les groupes vulnérables, comme les enfants et les femmes enceintes ».
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La mesure avait provoqué dans le même temps agacement et mécontentement parmi les neuf pays voisins. Des tensions avaient en effet été enregistrées avec la Pologne, la Suisse et le Luxembourg, qui avaient tous refusé d’accueillir des migrants refoulés.
En juin, un tribunal administratif local avait toutefois constaté l’illégalité de ces refoulements, ce qu’avait aussi confirmé la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) dans un arrêt du 21 septembre 2023. Selon cette décision, tout État européen doit d’abord appliquer la procédure de détermination de l’État responsable de la demande d’asile des étrangers dans l’UE, puis accorder un délai de départ volontaire avant d’engager toute procédure d’expulsion des demandeurs d’asile.
Malgré tout, sept mois plus tard, Friedrich Merz a assuré ce mardi que « les chiffres nous donnent raison ». « Nous avons pu considérablement diminuer le nombre des demandeurs d’asile en Allemagne ». Le nombre de demande d’asile dans le pays a baissé de 43 % entre le premier semestre 2024 et le premier semestre 2025, selon Euronews.
Ligne dure de l’Allemagne sur l’immigration
Depuis son arrivée au pouvoir à Berlin en mai dernier, la coalition conservatrice et social-démocrate de Friedrich Merz a opéré un tour de vis sur l’immigration, un sujet qui avait d’ailleurs dominé les législatives allemandes après une série d’attaques commises par des étrangers.
Fin mai, le gouvernement fédéral a par exemple suspendu pendant deux ans le regroupement familial pour les personnes bénéficiant de la protection subsidiaire. Il a également approuvé un projet de loi qui supprime la possibilité pour les étrangers bien intégrés de devenir citoyens allemands après trois ans de résidence. Berlin est ainsi revenue à la législation précédente où une naturalisation pouvait intervenir, au plus tôt, à partir de cinq ans.

L’Allemagne est par ailleurs l’un des pays qui fait activement pression au niveau de l’UE pour durcir sa politique migratoire. Sous son impulsion, la Commission européenne a annoncé fin octobre avoir entamé des discussions avec les Talibans pour expulser les ressortissants afghans en situation irrégulière présents sur le Vieux continent.
L’exécutif allemand autorise déjà les expulsions vers l’Afghanistan – via des vols charters organisés par le Qatar. Mais l’Allemagne veut aller encore plus vite. Début octobre, le gouvernement allemand avait donc confirmé que des représentants du ministère de l’Intérieur étaient allés négocier directement avec les dirigeants talibans en Afghanistan. Le but : rendre les vols d’expulsion plus fréquents, sans l’aide d’un tiers.
Dans le même temps, Friedrich Merz plaide aussi pour le rapatriement de Syriens réfugiés jusqu’ici dans son pays, allant au besoin jusqu’à l’expulsion, au motif que la « guerre civile est terminée en Syrie ». « Il n’y a désormais plus aucune raison [pour les Syriens, ndlr] de demander l’asile en Allemagne », a affirmé le chancelier allemand lors d’un déplacement dans le nord du pays début novembre, estimant donc possible d’entamer des rapatriements vers ce pays.
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