Brigitte Bardot, actrice française légendaire à la vie privée romanesque, qui a suscité autant de désir que de rejet, infatigable défenseure de la cause animale, est décédée à l’âge de 91 ans ce dimanche 28 décembre à Saint-Tropez
Elle était un mythe vivant et une nature simple. Se baigner, être amoureuse, se dorer au soleil. « Une femme qui se trouvait bien dans l’eau tiède de la Méditerranée il y a vingt ans et qui s’y trouve toujours bien », notait Françoise Sagan en 1975 dans une de ses chroniques de « L’Express ». Brigitte Bardot n’a jamais voulu être star et pourtant elle le fut, icône nationale, bardée de distinctions, connue et reconnue dans le monde entier, jusqu’au Brésil où sa statue trône depuis 1999 sur le front de mer de Buzios. Plusieurs fois hospitalisée ces derniers mois, elle est décédée hier matin, dans sa maison. Elle souhaitait être enterrée chez elle, à La Madrague, à Saint-Tropez, auprès de ses animaux. Avec, sur sa tombe, simplement « mon nom, ma date de naissance, ma date de mort. Une petite croix en bois ».
À quoi tient un tel destin ? Sa célébrité lui pesait, elle n’aimait pas spécialement son métier d’actrice, mais elle a incarné un pays et accompagné sa modernité. Brigitte Bardot ou deux initiales dressées comme un fanion redoublé pour faire triompher son désir. Elle ruait dans les brancards, affirmait ses opinions et assumait son âge, blottie sur les hauteurs de Saint-Tropez où chiens, chats, chevaux et oiseaux l’entouraient. Elle fut danseuse, mannequin, actrice. Quitter les plateaux pour se consacrer à la cause animale lui fit prendre de l’avance sur une époque, la nôtre, qui déjà n’était plus la sienne. La Fondation Brigitte Bardot est aujourd’hui l’une des organisations de protection animale les plus puissantes.
Elle ruait dans les brancards, affirmait ses opinions et assumait son âge
La société dans laquelle elle avait débuté face à la caméra n’était pas celle d’aujourd’hui, et Bardot n’aura eu de cesse de la secouer, sans le préméditer mais payant le prix fort de son intrépidité, rejetée par ceux qui s’effrayaient de sa sauvagerie. Sa jeunesse, sa beauté étaient alors comme des pieds de nez à la morale conventionnelle d’un monde gris, en noir et blanc. Semblable au milieu bourgeois et parisien où elle était née le 28 septembre 1934 ; les coups de ceinturon n’y étaient pas rares et pour châtier les gosses, on imposait le vouvoiement.
Sa jeunesse, sa beauté étaient comme des pieds de nez à la morale conventionnelle d’un monde gris, en noir et blanc
La rencontre avec Vadim
À 7 ans, Bardot se réfugie dans la danse classique, et à 14, espérant s’affranchir de la tutelle parentale, pose comme mannequin. Hélène Lazareff obtient de son père que la jeune fille puisse illustrer la mode junior de son magazine, « Elle », dont elle devient la mascotte. Marc Allégret cherche une adolescente pour un film qui finalement ne verra pas le jour. Son assistant s’appelle Roger Vadim. Il a 22 ans, BB en a 16. Ils tombent amoureux et arrachent l’autorisation d’un mariage d’ici deux ans, quand la belle aura 18 ans. En attendant, elle décide de se consacrer au cinéma pour se rapprocher de son amant. Et comme son père aime le septième art, il prend en main sa carrière.
Les ligues de vertu la vouent aux gémonies, le Vatican la conspue, la pellicule l’adore
Vadim l’a enfin épousée, en 1952. Elle a accumulé des petits films, déjà sex symbole, pas encore vedette. « Et Dieu créa la femme » en 1956 atteste sans doute d’une naissance, mais achève l’amour du couple. Celle que Vadim filme en Vénus contemporaine, dansant sur une table, est déjà ailleurs, dans les bras de Jean-Louis Trintignant pour qui elle quitte son époux. Les hommes la fantasment, les ligues de vertu la vouent aux gémonies, le Vatican la conspue, la pellicule l’adore. Elle n’est pas qu’un beau visage et un corps svelte.
Elle trimbale cette morgue innocente, mélange de fraîcheur et d’érotisme, qui trouble, sidère ou agace. Jetée trop vite dans la célébrité, plus désirée qu’aimée, traquée par les paparazzi, celle qu’on prend pour une ravissante idiote, comme si la beauté interdisait l’intelligence, s’accommode à sa manière des mœurs d’un métier qui l’émancipe et la sclérose en même temps.
Brigitte Bardot se heurte régulièrement au paternalisme ou à la misogynie que sa splendeur exacerbe
Gabin bienveillant
En attendant, elle est l’actrice la mieux payée du cinéma français, vit à 100 à l’heure son existence de jeune femme irrésistible et se heurte régulièrement au paternalisme ou à la misogynie que sa splendeur exacerbe. Parfois aussi, les hommes sont gentils… C’est la fin des années 1950, le général de Gaulle est au pouvoir et la guerre d’Algérie a commencé depuis quatre ans lorsque, en 1958, elle tourne « En cas de malheur » avec Jean Gabin. Paniquée devant des acteurs chevronnés, elle n’arrive pas…
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