Les Birmans ont voté pour des élections contestées, après cinq ans de guerre civile

La Birmanie a tenu, dimanche, des élections législatives à l’initiative de la junte au pouvoir. L’élection est « libre et équitable », a déclaré Min Aung Hlaing, le chef de la junte, près de cinq ans après avoir renversé le gouvernement et déclenché une guerre civile. Des élections contestées à l’international, notamment par l’ONU.

La première phase des élections législatives organisées par la junte birmane, largement restreintes et critiquées à l’international, s’est achevée, dimanche 28 décembre, en Birmanie, près de cinq ans après un coup d’État militaire qui a plongé le pays dans une guerre civile.

Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, affirme que l’élection est « libre et équitable », déclarant après avoir voté dans la capitale administrative du pays, Naypyidaw : « Elle est organisée par l’armée, nous ne pouvons pas laisser notre nom être terni ».

L’ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours emprisonnée et son parti a été dissous après le coup d’État, qui a refermé la parenthèse démocratique dans le pays.

L’ONU et de nombreux pays occidentaux et défenseurs des droits humains ont condamné ce scrutin, échelonné sur un mois, dénonçant notamment la répression de tout semblant d’opposition. « Il est essentiel que l’avenir de la Birmanie soit déterminé par un processus libre, équitable, inclusif et crédible, qui reflète la volonté de son peuple », a déclaré dans un communiqué le bureau birman de l’ONU.

Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), favorable aux militaires, devrait arriver largement en tête, ce que les critiques considèrent comme un moyen détourné de pérenniser le régime militaire.

Peuplée d’environ 50 millions d’habitants, la Birmanie est déchirée par une guerre civile et les élections ne se tiendront pas dans les larges zones tenues par les rebelles.

« Rétablir une situation sûre et pacifique »
La première des trois phases du scrutin a débuté, dimanche, à 6 h (23 h 30 GMT samedi), notamment à Rangoun, Mandalay et dans la capitale administrative, Naypyidaw, des villes aux mains du pouvoir.

« L’élection est très importante et apportera le meilleur au pays », a déclaré à l’AFP Bo Saw, le premier électeur à voter à l’aube dans un bureau du quartier de Kamayut à Rangoun, près de la maison d’Aung San Suu Kyi. « La première priorité devrait être de rétablir une situation sûre et pacifique », a-t-il ajouté.

Dans un bureau de vote près de la scintillante pagode Sule, journalistes et assesseurs étaient plus nombreux que les premiers électeurs. Parmi eux, Swe Maw, 45 ans, a balayé les critiques internationales. « Il y a toujours des gens qui aiment et d’autres qui n’aiment pas », a-t-il lâché.

L’armée a dirigé la Birmanie depuis son indépendance en 1948, en dehors d’un interlude démocratique entre 2011 et 2021, qui avait suscité une vague de réformes et d’optimisme pour l’avenir du pays d’Asie du Sud-Est.

Mais quand la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi a largement devancé les candidats proches des militaires aux élections de 2020, le général Min Aung Hlaing s’est emparé du pouvoir, invoquant une fraude électorale généralisée.

Agée de 80 ans, Aung San Suu Kyi purge une peine de 27 ans de prison pour plusieurs condamnations allant de la corruption à la violation de règles anti-Covid. « Je ne pense pas qu’elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout », a déclaré son fils, Kim Aris, depuis le Royaume-Uni.

Les anciens partis dissous par la junte
Selon le Réseau asiatique pour des élections libres, les noms des partis, qui avaient remporté 90 % des sièges lors des dernières élections, ne figurent pas cette fois sur les bulletins de vote après avoir été dissous par la junte.

Cette dernière a annoncé poursuivre plus de 200 personnes pour avoir « tenté de saboter le processus électoral », ciblant toute manifestation ou même critique sur le scrutin, qui ne pourra pas se tenir dans environ une circonscription sur cinq de la chambre basse.

« Ces élections se déroulent clairement dans un climat de violence et de répression », a déclaré dans la semaine le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Volker Türk. La deuxième phase du scrutin doit avoir lieu dans deux semaines, avant une troisième et dernière phase le 25 janvier.

 AFP

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