Prix créé spécialement pour lui, jet luxueux et compliments multiples… Tout au long de l’année 2025, qui a marqué son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a reçu une myriade de flatteries, parfois en grandes pompes, de divers dirigeants. Parce que tous l’ont vite compris : pour obtenir des concessions de sa part, il faut souvent commencer par caresser son ego.
Volodymyr Zelensky a été parmi les premiers à apprendre la leçon : pour s’assurer d’avoir une relation an minimum cordiale avec Donald Trump, il faut (beaucoup) flatter son ego. Sinon, on prend le risque de se faire humilier, voire de briser le dialogue avec ce dirigeant aussi puissant que vaniteux.
Le président ukrainien l’a expérimenté dès le 28 février, quelques semaines après le retour du président américain à la Maison Blanche. En visite dans le Bureau ovale, il s’est longuement fait sermonné par ses hôtes, qui lui reprochaient son « manque de gratitude » envers son homologue américain malgré ses « efforts » pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Après cet épisode, les chefs d’États comme les institutions internationales ont pris bonne note. À chaque rencontre, entretien téléphonique ou sommet avec Trump, ils n’ont pas hésité à multiplier les cajoleries et louanges. Avec un espoir : que cela les aide à obtenir ce qu’ils veulent ou, au minimum, à ne pas tomber en disgrâce.
Si la flagornerie a toujours occupé une place importante dans l’arsenal diplomatique, elle a ainsi atteint des proportions inouïes en 2025. France 24 revient sur cinq des moments de cette « diplomatie de la flatterie » qui ont marqué 2025.
Un « prix de la paix » pour le consoler du Nobel

Donald Trump était aux anges ! Le 5 décembre, le président américain est invité à monter sur la scène du Kennedy Center de Washington – en passe d’être rebaptisé le Trump-Kennedy Center – lors du tirage au sort du Mondial 2026 de football. Sous une salve d’applaudissements, il reçoit alors des mains de Gianni Infantino le tout premier « Prix de la paix » de la Fifa.
« Monsieur le président, c’est votre prix, votre prix de la paix. Il y a aussi une belle médaille pour vous, que vous pouvez porter partout où vous voulez », explique tout sourire le président de la Fédération internationale de football, en lui tendant son sésame – un globe métallique perché au sommet de cinq mains entremêlées, avec le nom du président en lettres majuscules. « Merci beaucoup. C’est sûrement l’un des plus beaux honneurs de ma vie », lui répond fièrement Donald Trump en s’empressant de mettre sa médaille autour du cou.
On le sait, Donald Trump rêvait d’un prix Nobel de la Paix, mais celui-ci lui a échappé au profit de l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado. Alors le président de la Fifa, l’un de ses fidèles amis, lui a créé son trophée, tout nouveau, tout beau et tout spécialement pour lui. « Vous êtes vraiment ce qu’on attend d’un leader. Vous pouvez toujours compter sur mon soutien et celui de toute la communauté du football », lui a-t-il encore assuré.
De quoi renforcer encore la bromance qui unit les deux hommes. Car si la Fifa est officiellement une organisation politiquement neutre, les affinités entre Gianni Infantino et Donald Trump ne sont pas un secret. Au point même que la frontière entre sport et politique se trouve brouillée : le président américain a déjà commencé à mettre son grain de sel dans l’organisation de la Coupe du monde en menaçant plusieurs villes démocrates de perdre la possibilité d’accueillir certains matches.
Un jet de luxe : le (gros) cadeau du Qatar

Au-delà des compliments, Donald Trump a aussi reçu son lot de cadeaux en 2025 : une couronne lors de son voyage en Corée, un club de golf qui appartenait à l’ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, ou encore un portrait à son effigie offert par Vladimir Poutine.
Mais le Qatar est allé encore plus loin. Il lui a offert un Boeing de luxe flambant neuf d’une valeur de 400 millions de dollars (340 millions d’euros) pour moderniser Air Force One, l’avion présidentiel. Cette modeste obole, révélée pour la première fois par les médias américains à la veille de sa visite au Moyen-Orient, devait, selon Doha, symboliser la coopération industrielle entre les deux pays.
Ce cadeau, le plus cher jamais reçu par un président américain, a cependant provoqué la colère du parti démocrate, qui a dénoncé une tentative de corruption et alerté sur des risques sécuritaires. Des inquiétudes balayées par Donald Trump. Cet avion est un cadeau « sympathique » et il serait « stupide » de le refuser, a-t-il martelé.
Le « Daddy », selon Mark Rutte

Avec l’administration Trump menaçant régulièrement de se désengager de l’Otan, l’un des grands enjeux du sommet de l’alliance atlantique, à La Haye, en juin, était clair : il fallait maintenir le président américain dans son giron. Et pour y parvenir, le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte n’a pas lésiné sur les louanges.
Il a commencé avec un message privé dithyrambique adressé à Trump juste avant le sommet. « Vous vous envolez vers un nouveau grand succès » et « vous allez réaliser quelque chose qu’AUCUN président américain n’était parvenu à faire durant des décennies », lui a-t-il écrit, reprenant la typographie majuscule qu’affectionne le président américain. Avant d’ajouter : « l’Europe va payer un prix ÉNORME » pour financer sa défense « comme elle le devait » et « ce sera votre victoire ». Seul problème… Trump a immédiatement publié ce message élogieux sur son réseau Truth Social. De quoi faire grincer quelques dents à Bruxelles.
Et ça ne s’est pas arrêté là. Lors d’une conférence de presse conjointe pendant ce sommet de l’Otan, Mark Rutte a de nouveau voulu se positionner comme un allié du président américain, au prix d’une blague qui a longtemps fait parler. Alors en pleine guerre entre Israël et l’Iran, Donald Trump était en train de comparer Téhéran et Tel-Aviv à « deux enfants qui se battent dans une cour de récréation ». Assis à ses côtés, le chef de l’Otan a enchaîné, hilare, en lançant « Papa doit parfois hausser le ton ».
Évidemment, la déclaration n’a pas manqué de faire réagir la Maison-Blanche, qui s’est fendue d’un tweet vidéo montrant le président américain arrivant au sommet de l’Otan avec en fond sonore le single du chanteur de R&B Usher « Daddy’s home ». De son côté Mark Rutte a bien tenté de clarifier son propos. « Ce que j’ai dit, c’est que parfois, en Europe, j’entends des pays dire : ’Hé, Mark, les États-Unis resteront-ils avec nous ?’ Et j’ai dit que cela ressemblait un peu à un petit enfant qui demandait à son papa : ’Hé, tu restes toujours avec la famille ?’ C’est dans ce sens que j’ai utilisé le mot ’papa’, et pas parce que j’appelais le président Trump de la sorte », a-t-il assuré – sans trop convaincre.
Netanyahu nomme Trump au Nobel

Pour Donald Trump, recevoir le prix Nobel relevait presque de l’obsession. Alors quel meilleur cadeau lui faire que de le nommer pour ce prix remporté par Barack Obama en 2009 ?
Et personne ne l’a fait avec autant de panache que Benjamin Netanyahu. « Je veux exprimer toute l’appréciation et l’admiration, non seulement de tous les Israéliens, mais aussi du peuple juif envers vous », a ainsi lancé le Premier ministre israélien à Trump lors d’un dîner à la Maison Blanche en juillet, avant de lui tendre une enveloppe : « Je veux vous présenter, monsieur le Président, la lettre que j’ai envoyée au comité du prix Nobel. »
« Cette lettre vous nomme pour le prix Nobel de la paix, ce qui est bien mérité », a-t-il insisté. « Je pense que vous devriez l’obtenir. » Le comité Nobel n’aura finalement pas été de cet avis. Le prix Nobel de la paix 2025 a été décerné à la chef de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado.
Une lettre du roi d’Angleterre pour le « roi Donald »

Donald Trump est très attaché aux protocoles.
Pour flatter son égo, la forme importe donc presque autant que le fond. Conscients de ce détail d’importance, plusieurs dirigeants ont ressorti leur papier à lettres pour s’adresser à lui. Et en février, « le roi Donald » – comme certains critiques le surnomment – en a ainsi reçu une d’un vrai monarque.
Dans une tentative désespérée de maintenir la « relation spéciale » entre les États-Unis et le Royaume-Uni, le Premier ministre britannique Keir Starmer lui a cérémonieusement remis une missive de son souverain, le roi Charles III, le conviant à une visite d’État.
En pleine réunion dans le Bureau ovale, les cameras ont ainsi montré Keir Starmer fouiller dans la poche intérieure de sa veste pour extraire une enveloppe puis proclamer solennellement : « C’est mon plaisir d’apporter de sa majesté, le roi, une lettre. » « Merci beaucoup », répond simplement Trump, inhabituellement indifférent face à cet authentique objet royal.
Il aura finalement fallu que Starmer explique qu’il s’agit d’une invitation « vraiment spéciale » à une deuxième visite d’État « sans précédent » pour que le président américain accepte, déclenchant des mois de couverture médiatique dans la presse britannique sur la préparation de cette visite. Une vidéo de neuf minutes de la famille royale a même montré les long préparatifs des chefs de cuisine, des jardiniers, des musiciens militaires et d’autres membres du personnel… Au grand soulagement britannique, la visite s’est déroulée sans accroc.
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